Wednesday 23 Apr 2014

Côte d’Ivoire – Baccalauréat et Bepc, résultats catastrophiques

Baccalauréat et Bepc, résultats catastrophiques
Amani N’guessan a échoué

La nouvelle école gratuite tant clamée n’a apporté que tristesse et désolation après la proclamation des examens du baccalauréat 31,77% de réussite et du Bepc 23,04% de succès. Des résultats qui attestent de la qualité de l’école offerte aux Ivoiriens. Les élèves ont abandonné le chemin de l’école au profit des arènes politiques en se proclamant ‘’coureurs de dimanche’’.

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Constat

Les statistiques publiées par la direction des examens, des concours et des bourses (Decob) affichent 25 764 admis soit 31,77% des 104 312 candidats au baccalauréat alors que l’année dernière on était peu satisfait des 34%. On ne peut pas dire que le mauvais résultat de 2005 est lié à la crise d’autant plus que bien avant cette situation, la moyenne d’admission en 2002 avoisinait 22%. Un taux qui a même progressé de 32,33% en 2003 malgré les effets pervers de la crise. Mieux, certains avaient salué le couvre-feu instauré à cette époque. Forcés de rester à la maison et peu dans les rues, les élèves avaient fini par se mettre au travail. Cependant, force est de constater, également qu’en cette période, la tricherie, la fraude avaient eu des échos dépassant tout entendement. Quoi qu’il en soit, les experts de l’éducation nationale savent désormais que la seule gratuité de quelques kits scolaires n’a pas favorisé une réussite totale des élèves. Les élèves ne manquent donc pas de moyens de réussite mais de volonté, ils sont paresseux et préfèrent la rue, la vie facile, au lieu de la formation assidue. Est-ce une autre mentalité de la génération actuelle ? On s’attendait à mieux au Bepc, le ministre Amani N’guessan avait mis en place des dispositions sécuritaires en rayant toute fraude. A-t-il réussi ? Ce qui est sûr, le pétrole n’a pas coulé et beaucoup d’élèves qui ont compté sur la fraude, en sont à leurs frais. 23,04% de réussite, un résultat catastrophique qui révèle la conscience des élèves. Sur 176 877 prétendants, seulement 30453 heureux dont 23,25% de candidats officiels et 28,92% de candidats libres. Comme pour étayer la preuve que les candidats libres étaient plus consciencieux que ceux qui sont encore dans le circuit normal de la scolarité. Une Dren comme Daloa a obtenu 5,96% soit 699 admis sur 11732 présentés. Là encore, les officiels font piètre figure avec 20,08% à côté des candidats libres 29,51%. Même la Dren de Man, délocalisée à Duékoué a fait figure honorable avec 37,63% soit 1275 admis sur 3388 présentés.
Le constat est que bien qu’étant en zone loyaliste et en zone sécurisée, les élèves traînent les pieds. La raison, entre autres, est la présence des pires ennemis de l’école que sont devenus les enseignants. Ceux-ci préfèrent les arènes politiques aux salles de classe. Nous sommes à l’ère des enseignants au pouvoir, tous sont à la recherche d’un poste. En cinq ans de présence au département de l’Education nationale, le ministre Amani N’guessan a usé en vain sa stratégie d’une école de qualité. Il s’est retrouvé à construire une école au rabais. Certains diront que l’école n’a pu résister à ces réformes notamment l’introduction du sticker sur les copies d’examen, mais également et surtout, le phénomène d’échange de copie d’examens entre les centres de grandeur. Cela a déséquilibré bien de fraudeurs. C’est peut-être la seule réussite du ministre Amani N’guessan , qui porte cependant le lourd fardeau des résultats catastrophiques. Lui-même refuse de se cacher la face en annonçant publiquement la déconfiture de l’Ecole. Amani peut se retirer avec une maigre consolation, le résultat de 81% au Cepe. Un progrès constant, 63,43% en 2003, 77% en 2004 et près de 81% en 2005. Sur environ 173 140 candidats, ils sont 141 146 déclarés admis. Il reste maintenant au ministre Amani de voir dans la lucidité et l’amour du pays, le sort des candidats au concours d’entrée en 6ème. On se rappelle qu’il avait de façon cavalière fixé une barre d’admission rejetée unanimement en conseil des ministres par le gouvernement de réconciliation. En fait, le ministre voulait régler son vieux contentieux avec le privé en n’envoyant pas d’élèves dans ces établissements privés. Il s’est ravisé sous la pression du gouvernement. Si cela lui a servi de leçon, beaucoup d’élèves vont franchir l’entrée en sixième. Il faut rappeler que l’année dernière soit en 2004, 180 000 élèves ont postulé pour l’entrée en sixième. Cette année, ils seront moins.

Amani confesse le rabais de l’école

L’école ivoirienne se porte mal, le ministre Amani N’guessan ne le cache pas, quitte à déplaire aux extrémistes de son parti, le Fpi. Une politique à revoir, à corriger. Le ministre semble bien déçu des résultats, ses collaborateurs le savent même s’ils tentent de le consoler. Le milieu scolaire ivoirien est malade d’indiscipline, dominé par le refus d’aller en classe. En conséquent, il est normal que ces élèves récoltent ce qu’ils ont semé, l’échec, le désoeuvrement. A la commission technique de l’enseignement général privé en travaux, le ministre a été explicite. ‘’Nos élèves ont un comportement de plus en plus désobligeant. Ils sifflent pour aller en vacances plus tôt que prévu et ne reviennent que quand ils veulent. Les enseignants ont fait de la grève une activité, pour le ministre, ils sont en grève souvent… même le chef de l’Etat s’en est indigné à la distribution des kits aux élèves scientifiques au lycée Ste Marie, du mauvais comportement fait d’indiscipline notoire, d’insolence, etc, des élèves.
Aujourd’hui, parents, enseignants, élèves et partenaires de l’école ivoirienne savent que dans notre pays, l’année scolaire ne couvre plus les 1200 heures de cours exigées. Conséquences, nos diplômes sont des sous diplômes, nos connaissances sont approximatives. Il s’en suit que la formation de rabais ne peut que donner des cadres et agents au rabais. La société paie alors les faiblesses d’un système scolaire en -dessus de la moyenne. Cette gêne est générale, elle est manifeste à la publication des résultats de fin d’année qui sont des moments d’intenses émotions, de confusion et de honte généralisée.
Le ministre Amani N’guessan a confessé qu’il y a lieu d’assainir la formation. S’il démissionnait aujourd’hui, il prouverait que l’école se porte mieux en zone des Forces nouvelles qu’en zone gouvernementale. Amani N’guessan a échoué, il peut partir tranquille. Dieu le bénira d’avoir essayé, en vain.

Dosso Finan

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