Wednesday 20 Mar 2019

Promouvoir l’excellence dans le domaine de l’éducation, telle est la noble mission

Interview – “Promouvoir l’excellence dans le domaine de l’éducation, telle est la noble mission que s’est donnée ExcelAfrica. Ça vaut le détour!”
Afrique Tandem – [23/10/05]

Interview accordée par ExcelAfrica à Afrique Tandem

Pouvez-vous vous présenter ?

Je m’appelle Roseline. Je suis co-fondatrice d’ExcelAfrica, une Ong de droit américain dont l’objectif est de mettre les nouvelles technologies au service de la promotion de l’excellence dans le domaine de l’éducation sur le continent africain. Nous avons aussi pour principale mission de combler le vide résultant du désengagement du service public et des parents de la chose éducative en offrant une structure d’orientation à même de répondre aux préoccupations des étudiants africains qui effectuent ou souhaitent effectuer leurs études supérieures dans un pays étranger.

Vous êtes à l’origine de Excelafrica.com. Pouvez-vous dire comment et pourquoi vous est venue l’idée de construire ce site ?

En fait c’est au cours d’un séjour en Afrique en juillet 2002 que j’ai pris la décision de me lancer dans cette aventure. J’ai été profondément choquée par l’attitude des parents et des institutions en général, attitude marquée par un scandaleux laisser-aller dans l’éducation des jeunes. En effet, j’ai été surprise d’être très souvent interrogée par des jeunes élèves et étudiants au sujet de leur orientation académique et professionnelle. C’est l’occasion de découvrir des jeunes livrés à eux-mêmes dans un environment où des structures d’orientation sérieuses font cruellement défaut. De retour aux Etats-Unis, je décide d’initier une action. Cela se traduit par la création de l’organisation ExcelAfrica dont le site web (www.excelafrica.com) est officiellement en ligne depuis septembre 2003.

Quelle est la particularité de ce site ?

ExcelAfrica.com innove en contribuant à la mise en ligne de notes de synthèse relatives au système éducatif public et privé de plusieurs pays d’Afrique. A ce jour, le systeme éducatif de quinze pays d’Afrique, d’Europe et d’Amérique est décrit. Notre objectif à moyen terme (6 mois – 1 an) est de recenser la totalité des systèmes éducatifs d’Afrique francophone.
Une autre particularité du site est la possibilité pour de jeunes étudiants africains d’utiliser la fonctionnalité Conseils Personnalisés qui leur permet de s’exprimer et de poser des questions liées à leur avenir académique et professionnel et de bénéficier de conseils sur-mesure. C’est une rubrique très active qui, à ce jour, compte près de 2500 membres.

Les étudiants et élèves peuvent aussi découvrir le profil d’étudiants.
Nos activités en ligne ont connu un premier développement « offline » qui s’est concrétisé par le lancement, en octobre 2004, du premier programme de bourses d’études destiné aux élèves africains en classe Terminale et doté de 525 dollars dont les trois lauréates sont connues depuis juin 2005.

Selon vous, la qualité de l’enseignement supérieur en Afrique est-elle à remettre en cause et est-il indispensable pour les Africains de s’expatrier en Occident pour réussir leurs études supérieures ?

En début d’année, nous avons organisé un sondage en ligne sur ce thème. Près de 71% des votants (sur un total de 1209 votes) pensent qu’il faut partir pour réussir. Ce résultat massif illustre très bien la défiance des jeunes Africains à l’égard des structures nationales et des pouvoirs publics. On devine derrière ce chiffre, une volonté de s’expatrier en Occident. Il est vrai que l’Occident offre des opportunités qui n’existent pas sur le continent. Ainsi aujourd’hui, un étudiant formé en Afrique a beaucoup du mal à faire valoir ses compétences acquises sur les bancs d’établissements en faillite dans des conditions souvent opaques. Il doit faire face à la concurrence des expatriés occidentaux et de ses camarades titulaires de diplômes occidentaux très prisés par les entreprises du secteur privé. On peut multiplier les exemples qui tendent à montrer qu’un séjour universitaire en Occident s’impose. Je ne partage pas cet avis.

Aujourd’hui, le monde de l’éducation connaît une mutation sur le continent africain. Après des décennies consacrées à la formation de fonctionnaires, le système éducatif se privatise et connaît la multiplication d’établissements privés très réactifs aux besoins du marché de l’emploi. En raison de leur statut, les vestiges de l’ancien régime (universités d’Etat) sont parmi les derniers à s’adapter à la nouvelle donne. Ce mouvement est irréversible. Désormais, les élèves et leurs parents ont à choisir parmi des dizaines d’institutions. Il est très difficile d’obtenir un visa pour l’Occident et d’y financer un séjour de 4 ans dans une école ou université, même moyenne. L’alternative n’est plus entre Abidjan et Paris mais entre Abidjan, Le Cap, Dakar, Douala, Rabat et bien d’autres. Dans les années 90, les étudiants de l’université sud-africaine Stellenbosch ont participé à la fabrication du satellite SUNSAT, le premier satellite de l’Afrique du Sud, qui a été mis sur orbite par la NASA. Combien d’établissements de l’enseignement supérieur en France offre la même opportunité ? L’étudiant africain doit intégrer cette évolution dans son planning. Par ailleurs, très peu d’élèves (et c’est sans doute la faute des aînés) adoptent une approche long terme lorsqu’il s’agit de leur futur. Ils oublient que le monde évolue tellement vite qu’une re-éducation tous les cinq ans s’impose. Ce n’est pas parce que vous n’avez pas obtenu votre maîtrise à la Sorbonne que votre avenir va s’obscurcir. Aujourd’hui, un brillant diplômé de l’ESCAE (Côte d’Ivoire) doté d’une excellente expérience professionnelle sur le continent a beaucoup plus de chance d’intégrer les prestigieux MBA qu’un cadre classique qui a obtenu son diplôme dans une grande école française. Si vous avez été un excellent étudiant et que vous êtes passionné par des disciplines avancées et non enseignées sur le continent, vous trouverez toujours les financements pour compléter votre formation à l’étranger.

Il ne s’agit pas de partir à tout prix. Le départ doit s’inscrire dans une démarche réfléchie dont l’objectif est de permettre à l’individu de s’épanouir intellectuellement et moralement. A cet égard, les parents doivent prendre leurs responsabilités en jouant leur rôle d’éclaireur et de conseiller, et en s’impliquant très tôt et à 100% dans l’éducation de leurs enfants. Il est suicidaire d’attendre que nos attentes soient comblées par des Etats qui peinent à financer la santé des individus. L’Etat ne peut pas, et ne doit pas, infantiliser ses citoyens. Que chacun apporte sa pierre à la construction d’une Afrique meilleure.

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