RDC – 4 juin 1969/4 juin 2009: Massacres des étudiants de l’Université Lovanium

Congo-Kinshasa: 4 juin 1969- 4 juin 2009 – Massacres des étudiants de l’université Lovanium

Kinshasa — 40 ans déjà ! 40 ans depuis que les soldats au service de la dictature ont tiré à bout portant sur des étudiants de l’Université Lovanium, pourtant aux mains nues, qui revendiquaient le droit à la parole et à la bonne gouvernance. Déjà ! Tout a commencé la veille, mardi 3 juin. Pendant toute la journée, les concertations se sont multipliées sur le campus au sein du comité de crise de l’Association Générale des Etudiants de l’Université Lovanium (AGEL, dirigée par François Kandolo). Après d’âpres conciliabules, le consensus s’est dégagé pour une marche de protestation contre les positions du régime Mobutu à l’égard de la réforme de l’université. Rappelons que déjà en 1967, deux ans seulement après la prise de pouvoir par le colonel Joseph Mobutu, une première fronde estudiantine s’est manifestée, conduite par le « gouvernement » de Mathias Nzanda-Bwana, mais elle a été vite maîtrisée, l’armée ayant envahi le campus par mesures d’intimidation.

A l’époque, les revendications des étudiants se résumaient à peu près à ceci: décolonisation de l’Université Catholique Lovanium (« Louvain » en latin) par rapport à la métropole belge, africanisation des cadres, adaptation des contenus d’enseignement, et co-gestion avec les représentants des étudiants. Etant donné la résistance des autorités académiques de Lovanium, les comités des Etudiants (soutenus plus ou moins ouvertement par certains professeurs « de gauche ») se sont référés au gouvernement pour arbitrage, avec l’illusion d’avoir d’avance gain de cause, étant donné l’état de grâce entre le régime Mobutu et les étudiants au lendemain du coup d’Etat.

Or, le régime de Mobutu a commencé à tergiverser et les contacts ont été rompus sur ce sujet entre 1967 et 1969. A la suite des dissensions et des crises internes au sein de l’AGEL (révocation du « gouvernement »Ngankwe jugé pusillanime, mise en place du « gouvernement » Tshimpumpu de transition et de réconciliation à tendance « centriste » et catholique), le cahier de charges est resté sous le boisseau. C’est le « gouvernement » Kandolo ancré plus à gauche qui remettra sur table des négociations. En vain ! D’où la colère des étudiants, et la décision de la marche.

Ce même mardi 3 juin 1969, dans la soirée, comme en guise de veillée d’armes et de mobilisation, la troupe « Théâtre des 4 comédiens » joue « Antigone » d’Anouilh dans la Salle des promotions. Au casting : Tambwe Mushapata dans le rôle du roi Créon, Yoka Lye dans celui du prince Hémon et Marie-Françoise Alevuku comme Antigone. Spectacle prémonitoire puisqu’il relate l’épreuve de force entre Antigone et le roi Créon ! Antigone affronte t Créon parce que ce dernier a choisi de punir l’un de ses frères morts au combat fratricide, Etéocle, à ne pas être enseveli selon les rites des morts parce qu’il aurait combattu traîtreusement son frère Polynice. D’escalade en escalade, l’épreuve de force finira mal pour Antigone, puisque le roi Créon décrétera sa condamnation à mort !

Voilà dans quel état d’esprit les étudiants de l’Université catholique de Lovanium, surchauffés à blanc, sont descendus en pleine ville pour crier leur colère contre le régime de Mobutu. Mercredi 4juin 1969. Les étudiants se repartissent en groupes distincts : l’un pour la gare centrale, l’autre en pleine cité à Matonge, quitte à faire jonction vers le siège du gouvernement. Un peu naïvement, ce mouvement comptait sur l’adhésion populaire pour faire boule de neige et déstabiliser le régime. Or, non seulement l’adhésion des populations, peu informées, n’a pas eu lieu, mais une armada surarmée s’est déployée à travers la ville.

Au Rond-point Victoire où notre groupe est arrivé, le face-à-face a été terrible, entre d’une part des étudiants en colère, et d’autre part des soldats menaçants et peu préparés à ce genre d’émeutes. Et l’irréparable arriva ! Après quelques coups de semonce par gaz lacrymogènes, les soldats ont tiré a bout portant. Débandade. Morts abandonnés sur le trottoir. Blessés pantelant à même le sol. Traque des fuyards. Grand deuil dans le pays. L’on ne saura jamais le nombre de morts Le soir, à la télévision nationale, le « chantre de la révolution » et éditorialiste assermenté, Mavungu Malanda, en écho au puissant Ministre de l’Intérieur de l’époque, dissertera longuement, au cours d’une « carte blanche » spéciale, contre des « étudiants cancres, armés de cocktails-molotov et manipulés par des extrémistes maoïstes ».

4 juin 2009
Pour en savoir plus – http://www.lepotentiel.com/

One Comment

  1. ANASTASE JARIBU says:

    Oui, Lovanium 4 Juin 1971, date inoubliable. De Lovanium au Camp Tshatshi en passant par le CIP – N’djil, Commandant Bataillon; Lieutenant ETULI, 4eme compagnie. Oui je me souviens et me souviendrai toujours. Je ne peux pas oublier la fameuse phrase du General BUMBA MOASO a la parade du 15 Aout 1971: ” Balobi tobomaki bato. Oyo ayebi que tobomiye,atombola mosapi, abima awa tomona ye!

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