COTE D’IVOIRE – Universités ivoiriennes : les problèmes de fond oubliés

Belle et changée à l’extérieur mais foncièrement la même à l’intérieur. Voici comment les étudiants décrivent aujourd’hui l’université ivoirienne. Les belles fontaines, les routes bitumées, les amphithéâtres flambants neufs et climatisés, les bibliothèques rénovées et équipées, les espaces verts propres et assainis….ne peuvent en rien masquer les problèmes qui sont ceux de l’université ivoirienne. Ces problèmes se subdivisent en deux groupes : ceux que vivent les étudiants au quotidien et ceux qui empêchent les enseignants de dispenser les cours.

La grogne des étudiants
Que l’on soit à l’Université Félix Houphouët Boigny de Cocody, au Nangui Abrogoua d’Abobo-Adjamé ou à l’Université Alassane Ouattara de Bouaké, les problèmes sont partout les mêmes. Les étudiants doivent composer avec le manque de salles de cours et d’amphithéâtres. Malgré l’expulsion des étudiants en situation irrégulière, de nombreux cours sont encore dispensés en plein air avec des étudiants assis sur les pelouses. Quand les salles sont disponibles, les étudiants doivent le plus souvent se disputer pour en prendre le contrôle. Il est courant de voir deux groupes de travaux dirigés se disputer un même lieu et quand bien même les emplois du temps sont brandis en guise d’arguments, c’est l’enseignant le plus gradé qui obtient gain de cause. Ces confrontations entre étudiants virent à la bagarre en l’absence d’enseignants. « Pour une Université rénovée à plus 100 milliards, c’est une honte que nos enfants ne puissent toujours pas étudier dans de bonnes conditions. Lorsque vous vous adressez à la cellule de programmation des cours on vous dit que le désordre à lié à l’organisation pratique de l’Université » s’indigne Mr Ehounou un père de famille. Au-delà, les quelques commodités dont jouissaient les étudiants n’existent plus. Les abris de bus ont été rasés pour réaliser des parkings. C’est donc sous le soleil que les étudiants doivent attendre les bus de la SOTRA (société de transport abidjanais) pour regagner leurs domiciles. Les restaurants subventionnés ne sont pas tous fonctionnels. Ceux qui ouvrent sont privés et réservés à une minorité d’étudiants. « Combien d’étudiants peuvent s’offrir le plat de midi à 1000 f CFA sur 30 jours quand votre carte de bus pour le mois est à 3000 f CFA ? » se demande Koffi Norbert étudiant l’Université Félix Houphouët Boigny de Cocody. Résultat, c’est le ventre vide que les étudiants suivent les cours et rentrent tard une fois la nuit tombée faute de cités dortoirs opérationnelles.

La fronde sociale des enseignants
Comme leurs étudiants, les enseignants des Université Ivoiriennes broient également du noir. Après avoir milité en rang dispersé, les enseignants et chercheurs des universités Ivoiriennes s’accordent à dire que leurs conditions de travail sont plus que difficiles. Le Gouvernement actuel ne brandit que les slogans. La réforme LMD (licence – master – doctorat) est un échec et les curricula sont un véritable scandale intellectuel. Les salaires des enseignants et des chercheurs ivoiriens sont les plus bas de la sous-région. Le professeur-titulaire au Sénégal et au Gabon touche 2.000.000 F Cfa par mois quand leur confrère du Benin empoche 2.400.000. En Côte d’Ivoire il ne perçoit que 1.150.000 f CFA. L’heure de cours pour l’Assistant au Burkina Faso est de 9.000 FCFA, contre 5.535 FCFA en Côte d’Ivoire. Le professeur-titulaire du Burkina est payé à 15.000F l’heure de cours contre 7.500F pour son homologue ivoirien. Il faut ajouter à ces revendications salariales l’exil forcé des de plusieurs enseignants. Ces derniers n’ont toujours pas regagné le pays depuis la fin de la crise post-électorale. A ce jour, ce sont près de 100 professeurs d’université (tout grade confondu) qui sont actuellement hors du pays. Nous citerons parmi tant d’autre le professeur Yao N’guessan Thomas, seul spécialiste de l’Afrique francophone en chimie organique.

Pour Mr. Traoré Flavien, le premier responsable de la Coordination Nationale des Enseignants et Chercheurs de Côte d’Ivoire (CNEC), la fermeture de l’université d’avril 2011 à septembre 2012 pour rénovation aurait dû être un temps de réflexion pour les autorités Ivoiriennes. Les problèmes de fond ont été oublié dans la quête du beau. Ces nombreux problèmes qui minent l’Université Ivoirienne risquent de consacrer un esprit malade dans un corps saint en apparence.

SUY Kahofi pour ExcelAfrica
02-01-2013

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