L’arrivée sur place se passe très bien :

“L’école avait mis en place énormément d’ateliers d’orientation et d’aide pour que les nouveaux arrivants s’y retrouvent. Tout a été très vite. En une semaine j’avais trouvé un appart en colocation avec d’autres étudiantes rencontrées à HEC, j’avais un numéro de téléphone canadien et un compte en banque. Et hop, c’était parti !”

Tout commence par une année préparatoire à HEC, “bien moins stricte et difficile qu’une prépa en France”. Les cours d’intégration se révèlent très utiles : “On a vite tous les outils nécessaires pour s’intégrer.” De fait, au bout de six mois, le mal du pays devient supportable et Anne apprécie l’ouverture d’esprit et l’accueil chaleureux des Québécois :

“La vie à Montréal est agréable, et pour illustration, en quatre ans de vie ici, je n’ai jamais été harcelée dans la rue. J’ai toujours pu rentrer seule le soir, même tard. C’est une société très pacifique et cela se ressent au quotidien. Dans la rue, tout le monde se sourit. Souvent mes parents me disent : mais tu connais tous ces gens ? Pourquoi sourient-ils ? Mais parce qu’ils sont québécois ! Ils sont comme ça…”

Aujourd’hui, Anne insiste sur les perspectives d’emploi, “tellement belles”, qui lui sont offertes :

“Le marché du travail est beaucoup plus facile d’accès qu’en France par exemple. Ici, les gens nous font confiance ! On commence au bas de l’échelle si on n’a pas d’expérience mais après, on peut très bien gravir les échelons en fonction de nos capacités. Quand je serai diplômée, normalement en mai 2018, j’aurais un renouvellement de visa qui me permettra de rester quatre années supplémentaires. Je compte rester au moins un an de plus, pour demander la résidence permanente puis la double nationalité.”

Seul bémol pour Anne : le froid hivernal et le manque de soleil durant la mauvaise saison (“une moyenne de seulement 2 heures d’ensoleillement par jour !”). Le niveau d’anglais qu’elle a acquis en quatre ans lui permet, son baccalauréat en poche, d’aller travailler au États-Unis, en Australie ou en Nouvelle-Zélande… à moins qu’elle décide de rester au Canada, mais plutôt du côté de Vancouver, où les hivers sont nettement plus cléments.

Clara : “Il faut bien s’organiser et surtout être curieux”

Après son année de césure en école de commerce, Clara a opté pour un double diplôme à l’étranger. En septembre, elle a intégré un MBA en gestion internationale des affaires à l’université Laval, à Québec. L’objectif pour elle est de s’ouvrir des portes du marché américain.

“Les démarches pour obtenir un visa étudiant ne sont pas si compliquées, mais c’est vrai que j’ai été guidée par un étudiant de mon école qui avait fait ce choix de parcours. Il faut s’assurer d’avoir tous les documents en main avant d’entamer la procédure. Le plus long, c’est d’attendre les documents des tiers (banque ou notaire, qui doivent fournir un document attestant que le candidat a les fonds nécessaires pour subvenir à ses besoins sur place). Une fois qu’on les a, c’est assez rapide. En revanche, si on a une question par rapport au dossier, tout se fait en ligne et depuis la France on ne peut obtenir aucun renseignement par téléphone. C’est la phase la plus stressante…”

Arrivée sur place, après un an de stage en entreprise, Clara a dû s’adapter au rythme universitaire canadien :

“J’ai quatre cours par semaine de trois heures chacun. On se dit que c’est plutôt tranquille, mais en fait tout le travail est à faire chez soi. Des travaux de groupe ou encore des lectures, des analyses de cas individuels, des exercices, des recherches complémentaires… Les professeurs sont toujours disponibles si on a des questions mais, si on veut réussir, il faut travailler par soi-même, organiser son temps et surtout, être curieux. On est un peu lâchés dans la nature.”

En ce qui concerne la vie au Canada, Clara relève le bon équilibre entre la ville et la nature (“Il y a des parcs partout”), mais aussi la “bonne balance” observée par les Québécois entre vie professionnelle et vie privée, travail et loisirs :

“Ils travaillent énormément mais ils réservent du temps pour leurs loisirs. À partir de 16 heures le vendredi et les samedis et dimanches, vous pouvez être sûr qu’ils coupent leur téléphone portable jusqu’au lundi matin. Ils arrivent à déconnecter du travail.”

Pour Clara, arrivée il y a trois mois, il est un peu tôt pour des projets professionnels au Québec ou ailleurs (“Il faut déjà passer le premier hiver, il paraît”), mais elle n’exclut pas, une fois diplômée, de d’intégrer pour quelque temps une entreprise à Montréal ou à Toronto :

“Ici, on trouve du travail partout. Le marché est bien plus dynamique qu’en France et le mérite est reconnu.”

Diena : “Sans doute la meilleure décision que j’ai prise”

Pour Diena, inscrite en maîtrise de gestion internationale à l’Université du Québec à Montréal, l’aventure s’est déroulée en deux temps. Alors qu’elle était encore au lycée, elle avait déjà envie de partir au Canada. Dès son inscription à la fac, “effectuer une mobilité” a constitué sa priorité. Première chance : en deuxième année de licence, elle a la possibilité de passer un semestre à l’étranger grâce au programme d’échanges de son université :

“J’ai déposé ma candidature pour un départ l’année suivante. Le service des relations internationales de mon université ne fut pas d’une très grande aide : ils ne connaissaient pas très bien le programme d’échange spécifique au Québec, le CREPUQ. J’ai donc effectué la plupart des démarches moi-même et j’ai été sélectionnée pour un semestre à l’Université du Québec à Montréal. Je ne vous raconte pas ma joie lorsque j’ai reçu la réponse positive !”

Ce premier séjour de quatre mois à Montréal lui a “considérablement ouvert l’esprit” :

“J’ai particulièrement apprécié le style d’enseignement prodigué. Les classes ont en général un effectif réduit et les professeurs sont très présents pour les étudiants. On est amené à donner son point de vue sur les sujets abordés. L’accent est mis sur le dialogue et l’échange. Les professeurs poussent à la réflexion, ce qui permet d’apprendre énormément.”

Après son retour en France, Diena passe sa licence, puis s’inscrit “sans grande motivation” en master. De son premier séjour trop bref au Canada, elle garde un sentiment d’inachevé :

“C’est à ce moment-là que j’ai décidé de postuler afin de continuer mes études à Montréal, cette fois comme étudiante à temps plein. Ma demande a été acceptée en 2014 et j’ai pu suivre mes premiers cours début 2015. J’ai l’impression d’avoir plus vécu en trois ans que durant toute ma vie antérieure ! C’est sans doute la meilleure décision que j’ai prise. Ce fut tellement enrichissant et formateur ! Ma remise de diplôme aura lieu en décembre et j’ai décidé de rester au Canada afin de commencer ma carrière professionnelle. De nouveaux défis m’attendent et je me sens plus que prête à les relever.”

Federico : “Attention, l’intégration peut être difficile”

Il en est à son deuxième stage post-doc, il a obtenu la résidence permanente et il a même fondé une famille avec une Québécoise : pour Federico, les études au Québec ont débouché sur un projet de vie.

Après un premier doctorat effectué en Italie, Federico a pris contact avec un laboratoire de recherches de l’Université de Montréal. Intéressé par sa candidature, le responsable du laboratoire lui a proposé de se lancer dans un deuxième doctorat sous sa direction :

“J’ai pu obtenir une bourse me permettant de m’installer à Montréal pour la durée de mon doctorat (trois ans), et ce sans n’avoir jamais rencontré le professeur et sur la seule base de mon CV et de mon projet de recherche.”

Cette “sélection au mérite” lui paraît être un des principaux avantages du système universitaire canadien. Autre avantage : tout travail effectué pour le compte de l’université est rémunéré. “Les contrats d’auxiliaire de recherche ou d’enseignement sont parfois basiques au début, mais ils peuvent rapidement devenir très stimulants !”

Pour autant, son expérience lui permet de mettre en garde contre les difficultés qui peuvent se présenter :

“Sur le plan humain, l’intégration au Québec peut être difficile. Il n’est pas inhabituel que vos camarades de classe, après avoir été chaleureux en cours, tournent la tête de l’autre côté si vous leur dites bonjour en les croisant dans un couloir. Chacun consomme son ‘lunch’ de son côté, il n’y a pas un esprit d’intégration des nouveaux venus. On socialise d’habitude tout d’abord entre étudiants étrangers.”

Les conseils de Federico à ceux et celles qui sont tentés par un doctorat au Canada :

“S’impliquer au maximum dans la vie étudiante et celle de votre laboratoire, participer à l’organisation d’événements (ils sont très nombreux), demander des charges de cours, exploiter les travaux de session des séminaires obligatoires pour en tirer des publications.”

Pauline : “Gare au retour en France”

Pauline a fait son bachelor (bac + 4) à HEC Montréal, directement après son bac français. Son bachelor en poche, elle est rentrée en France : “Je voulais travailler dans la gastronomie et c’est plutôt dans l’Hexagone que ça se passe.”

Elle ne regrette pas du tout d’avoir fait ses études supérieures au Québec :

C’est sûrement la meilleure décision que j’ai prise, même si le retour en France, au niveau du marché du travail, peut être difficile.”

A Montréal, la vie étudiante est très stimulante grâce au rayonnement international des universités, explique Pauline : on croise beaucoup d’étudiants motivés et des profils très variés. Les conditions sont également très favorables pour entreprendre à la fois grâce aux infrastructures mises en place (beaucoup d’incubateurs, de conférences, de concours, de bourses, etc.) et à une mentalité “très nord-américaine” qui encourage les gens à se lancer et qui valorise l’audace (“Quand on a pris des risques, on a appris”).

Pour ceux qui restent au Canada, la formation de HEC Montréal est très reconnue. Pas de difficulté, donc, pour décrocher très vite du travail. Mais attention : les parcours professionnalisants ne sont pas les mêmes au Canada et en France, ce qui peut poser des problèmes à ceux qui, comme Pauline, préfèrent rentrer en France après leur diplôme. Explications :

En Amérique du Nord, le parcours habituel est bachelor – expérience professionnelle – MBA, alors qu’en France c’est licence – master 2. Concrètement, si l’on veut rentrer en France après des études au Canada, on est pratiquement obligé de faire au moins un master 2 pour trouver du travail. Pour intégrer un master, il faut souvent passer le Tage Mage, le test d’aptitude au management des entreprises, ou le GMAT (Graduate Management Admission Test). En France, il y a une culture du stage, alors qu’au Canada les stages ne font pas partie du programme du bachelor. Vous n’êtes pas vraiment compétitif face aux bac + 4 français, qui ont fait au moins deux stages de six mois. De plus, les grandes entreprises françaises prennent quasi exclusivement des diplômés des écoles françaises, dont ils connaissent le niveau et la qualité.”