Afrique du Sud – L’éducation, un lourd chantier de l’Afrique du Sud post-apartheid

Afrique du Sud – L’éducation, un lourd chantier de l’Afrique du Sud post-apartheid
AFRIQUE DU SUD – 16 février 2004 – AFP
Dix ans d’éducation dans une démocratie multiraciale ont changé la face des écoles sud-africaines: nouveaux visages, nouveaux cours d’histoire, nouvelles opportunités. Mais l’éducation reste un des plus lourds chantiers de l’Afrique du Sud post-apartheid.
"Quel est l’intérêt d’enseigner les mathématiques à un enfant Bantu (noir) s’il ne peut pas les utiliser dans la vie ? L’éducation doit enseigner et former les gens en compatibilité avec leurs opportunités futures dans la vie".

La philosophie d’Hendrik Verwoerd, le Premier ministre (1958-66) considéré comme l’architecte de l’apartheid, illustre à quel point l’éducation était un pilier du système raciste: lobotomiser une nation pour produire à la chaîne des générations de jardiniers, domestiques donnant du "Ja, Baas" (oui, maître).

Dans l’école Morris Isaacson de Soweto, le coeur des émeutes de 1976 contre l’afrikaans imposé langue d’enseignement, les collégiens ont la mémoire ingrate pour la génération sacrifiée des années 70-80, celle qui choisit "la libération avant l’éducation".

"Ce que je sais (de l’apartheid) est ce que mes parents m’en ont dit", avoue Kabelo Sebogodi, élève de terminale qui a les préoccupations de son âge. "La politique ne nous soucie plus. Pour nous les enjeux, c’est le sida, éviter les grossesses prématurées, la drogue", explique à ses côtés Portia Lekgoane, 16 ans.

Cette normalité revenue dans les cours de récré est le résultat d’un travail pharaonique échu aux gouvernements depuis 1994: introduire l’enseignement obligatoire pour tous dès 7 ans (1996), imposer la mixité raciale, bâtir un même programme pour tous groupes raciaux, intégrer une myriade d’institutions trop nombreuses et à deux vitesses (des écoles blanches de standing international aux universités sous-équipées des ex-bantoustans). Sans oublier de réécrire l’Histoire à enseigner.

Un manuel d’histoire des années 70-80 enseignait encore aux collégiens blancs que "l’attitude spirituelle (des Afrikaners) a été trés influencée par l’Ancien Testament, surtout dans les contrées lointaines où leur existence était constamment menacée par des races primitives sauvages et barbares". Un nouveau manuel, "En quête d’Histoire", traite du soulèvement des jeunes de Soweto en 1976, du massacre de 69 manifestants noirs à Sharpeville en 1960, ou même de l’assassinat du Premier ministre assassiné du Congo libre, Patrice Lumumba.

Le ministre de l’Education Kader Asmal, considéré comme une des "stars" du cabinet Mbeki, reconnait que le pays n’a pas encore à proprement parler "un système scolaire sud-africain". "Nous avons encore une culture d’écoles privées, d’écoles anglophones, d’écoles afrikaans, d’écoles indiennes, etc… Mais nous sommes en plein coeur de la construction d’une identité nationale". Les résultats chiffrés sont pourtant spectaculaires: en 1994-95, aux débuts de l’éducation multiraciale, le taux de scolarisation dans le secondaire était de 70%. Il atteignait 85% en 2002. Le taux de succès au baccalauréat dépassait à peine 40%. En 2003, il a atteint 73%.

En 1994, les Noirs (79% de la population) représentaient 30% de tous les diplômes d’enseignement supérieur délivrés. En 2000, cette proportion était passée à 51 %. Les défis restent écrasants. Si le déficit de salles de classes (65.000 en 1996 est preque comblé), Asmal estime qu’il faudrait produire 30.000 enseignants par an sur 10-15 ans pour absorber la demande d’un système éducatif en expansion. Actuellement, le pays en produit 5.000. Et le sida le frappe durement. Mercredi pour la rentrée parlementaire, les députés ont fait une ovation à Sanelisiwe Sambo, une collégienne si douée qu’à 14 ans, elle vient de devenir la plus jeune édudiante jamais admise à l’Université UNISA à Pretoria. Elle y fera des études de commerce, une matière qui eût en effet été "incompatible" selon le mot de Verwoerd, avec ses opportunités pré-1994.

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