Algérie – Voyages à l’étranger: Le parcours du combattant

Voyages à l’étranger: Le parcours du combattant

En Algérie, c’est de notoriété public que les vacances sont très chères. Alors reste l’étranger aux prix très compétitifs. Les destinations privilégiées sont facilement devinables, celles où l’on n’exige pas un visa. La Tunisie, la Turquie par exemple. Une fois, la destination repérée, il s’agit de mettre les moyens. D’abord, il faut un passeport bien sûr.

Le passeport, une denrée rare
Eh bien, nous nous sommes rendus compte que ce n’est pas une sinécure. Nous avons voulu rendre hommage à 70% de notre jeunesse, en choisissant de suivre «le parcours du combattant» d’un étudiant.

Au niveau de la daïra de Boumerdès, on lui a dit qu’il y avait une pénurie des livrets de passeport. Au même moment, on assistait à des scènes où de «super citoyens» se faisaient remettre le fameux livret en douce.
Il a fallu courir chez le secrétaire général de la daïra – qui n’a pas que cela à faire – et attendre le bien vouloir de ces messieurs préposés au guichet pour que notre étudiant puisse avoir un livret. Non, ce n’est pas fini.
La fiche de police a été établie en un temps record.
Sans complaisance, on vous le dit. Des citoyens en ont témoigné. C’est au retour vers la daïra que les choses se sont corsées. Un citoyen dénonce : «J’attends depuis mai.» Renseignement pris auprès du chef de service, il nous répondra : «La Drag (direction de la règlementation et de l’administration) ne nous donne que 10 livrets par jour.» Et bien sûr ce sont les connaissances qui en bénéficient et des fois quelques cas urgents – et encore, il faut remuer ciel et terre. Après l’obtention du livret, il faut attendre que le passeport soit signé. Là encore, il suffit qu’un chef de daïra parte en congé et que ce soit son confrère d’une daïra limitrophe qui assure l’intérim pour que les retards s’accumulent. Certes, un chef pour deux daïras, ce n’est pas coutumier, mais il faut trouver une autre formule qui ne retarde pas le citoyen. Tous les responsables reconnaissent que «le passeport est un droit», qui s’obtient difficilement, serions-nous tentés d’ajouter. Ensuite, c’est la course pour la quittance de voyage qu’on ne peut acquérir qu’au niveau des Contributions, le mercredi. Mais pourquoi ce n’est pas pendant tous les jours ouvrables ? Quitte à avoir un retard supplémentaire et rater l’avion ?
Un non-sens, autant que celui qui oblige les étudiants à chaque rentrée de déposer une demande de relevé des émoluments un mardi pour la retirer le dimanche et vice versa.

Des banques out
L’autre obstacle qui se dresse devant notre jeune voyageur est le problème de change.
A la BDL, on lui dit que les imprimés manquent, cela après le manque de liquidités. A BN Paribas, le liquide est surtout disponible pour «les clients qui ont un compte», selon la directrice ,et «il n’y a pas de liquidités»,selon la caissière. De plus, ce n’est pas rentable pour un étudiant ou un simple citoyen qui perd au change – dans les deux sens – puisque la banque prélève une commission de 1 170 DA. A la société Générale, tout est disponible sauf que la commission est de l’ordre de 1 580 DA.
On a commencé par les autres où la pression n’est pas sensée être. On se dirige vers la BNA.
Surprise. on trouve un monde fou dehors.
Les vigiles ne peuvent laisser entrer que par dix personnes à la fois. Il s’agit de toutes les opérations confondues.
Cette fois-ci, je décide de demander à voir le directeur qui m’explique qu’il y a manque de personnel.
Malgré les différentes demandes à la hiérarchie pour le renforcement de l’équipe, laquelle fonctionne avec la moitié seulement des effectifs exigés.
Quant à la conversion du dinar en devises, on a failli l’oublier. Il s’avère là aussi que les liquidités sont limitées. Notre étudiant est invité à revenir le lendemain.

Moralité : On ne prête qu’aux riches.
Ils ont de l’argent et du piston. Comment voulez vous qu’un jeune ait l’amour du pays et ne pense pas à la harga?
C’est en améliorant d’abord les services – ces petits riens n’est-ce pas ? – pour nos concitoyens, que nous avons le plus de chance de combattre les fléaux sociaux dont l’émigration clandestine, le spleen, la violence multiforme et même le suicide.!

04-08-2009
Sadek
Source: http://www.lanouvellerepublique.com

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