Association des Burkinabè de Londres (Grande-Bretagne)

Charles Bambara, journaliste à la BBC

La communauté burkinabè en Grande Bretagne s’organise. Parmi les acteurs, Charles Bambara qui est le président de la Communauté des Burkinabè de Grande Bretagne (BFC-UK) depuis mai 2007. Ancien journaliste à radio Bobo, Charles Bambara travaille depuis 15 ans à la BBC après un passage à Radio Vatican. De son riche parcours professionnel et aussi de son engagement dans la mobilisation de ses compatriotes sur les bords de la Tamise, il nous parle ici.

Pourquoi avez-vous décidé de créer une association des Burkinabè de Londres et depuis quand existe-t-elle ?

En 1992 un petit groupe de burkinabè (5) se retrouvait régulièrement pour revivre les ambiances ou les sensations de la mère patrie, le Burkina. Traditionnellement le Royaume Uni n’a jamais été une destination de prédilection pour les voltaïques avant, et ensuite pour les burkinabè. Au début des années 1990, la présence burkinabè à Londres s’est accrue de façon consistance pour plusieurs raisons : d’abord quelques intellectuels burkinabè se sont retrouvés dans des ONGs ou des organisations internationales ayant pour siège Londres ou d’autres villes, ensuite l’intérêt grandissant de l’apprentissage de la langue anglaise a vu l’arrivée par vagues successives d’étudiants burkinabè, et enfin les pressions sur les immigrés dans les pays européens, notamment en France, Italie, Allemagne, et Belgique notamment, ont poussé certains burkinabè à traverser la Manche pour venir s’installer en Grande Bretagne.

Si bien qu’en quelques années de moins de dix burkinabè nous serons 30, puis 50 puis 100. La création dune association s’imposa donc à nous. Et un jour de 1998 j’informais l’un des doyens de la Communauté à Londres Souleymane Kouanda de l’urgence de créer une Association de Burkinabè qui verra le jour quelques semaines après. Aujourd’hui nous estimons la présence burkinabè à Londres uniquement à plus de 300 personnes.

Quelles sont les principales activités de votre association ?

L’association, une fois créée, a définitivement pris le nom de BFC UK, Burkina Faso Community in United Kingdom, en 2005. Elle a été officiellement reconnue par les autorités britanniques en mars 2007 comme une organisation caritative. En réalité, Décembre 2005 marque la seconde naissance de l’association. Car les premières années ont été marquées par des contradictions internes sur la définition des objectifs, ce qui paralysera la vie du groupe.

Appuyé alors par quelques compatriotes j’avais décidé de réaliser la première soirée culturelle burkinabè à Londres. Malgré le scepticisme ambiant, j’ai décidé de travailler avec un comité d’organisation restreint. Et alors que la date fatidique de la soirée approchait le scepticisme ambiant fera place à un enthousiasme contagieux. Car au fil des réunions, l’association était informée des progrès réalisés. La confirmation de la participation d’Ousmenez, une vedette burkinabè de la chanson, galvanisa les membres de l’association. En plus d’Ousmenez, un musicien traditionnel burkinabè, Baba Koné, sera à l’affiche de cette soirée. Le succès a permis de remobiliser la communauté. Depuis lors d’ailleurs la soirée culturelle reste la principale activité de l’association.

A partir de cette année, nous voulons élargir notre champ d’activité en introduisant des conférences thématiques, des projections de films burkinabè à Londres. Un barbecue a déjà été organisé pour la communauté cette année. Et nous voulons avec l’aide de nos sponsors de plus en plus nombreux financer et réaliser des projets contribuant au développement du Faso. Nous avons retenu pour l’instant de financer des forages de puits et de soutenir des centres de soins maternels et infantiles. Et nous explorons aussi la possibilité d’intervenir dans le domaine éducatif.

Comment se présente la communauté burkinabè de Londres ?

La communauté burkinabè est très diversifiée. Nous avons des intellectuels travaillant dans les ONGs, les organisations internationales, les banques, le secteur para-étatique britannique, mais nous avons aussi malgré le coût exorbitant des études ici, de plus en plus d’étudiants, et comme partout ailleurs nous avons des frères et sœurs immigrés intervenant dans différents domaines : l’hôtellerie et la restauration, les services de sécurité, de nettoyage, le baby-sitting etc.
D’une manière générale, l’intégration en Grande Bretagne est-elle facile pour les Burkinabè ?

Toute intégration dans une société qui n’est pas la sienne reste toujours difficile. C’est vrai qu’au niveau individuel certains réussissent mieux leur intégration que d’autres, mais il semble que l’intégration en Grande Bretagne reste, comparée à d’autres pays européens, plus facile. Cela malgré la réputation d’un climat très capricieux dans le pays. Et puis il y a une bonne solidarité ici entre burkinabè.

Le succès de notre association a permis à pas mal de compatriotes de nous rejoindre pour vivre d’une certaine façon ici à Londres les sensations du pays, car à chacune de nos rencontres, il y a du tô, du benga ( haricot en riz mélangé) ou d’autres plat du Faso.

Le passé colonial britannique imposant a permis aux anglais de se familiariser très tôt avec les populations étrangères de leurs anciennes colonies et d’avoir un esprit assez ouvert. Ce qui facilite sans doute l’intégration des populations étrangères malgré ce flegme britannique qui se traduit par une sorte de retenue mais qui ne veut pas dire forcément rejet de l’autre.

Vous êtes vous-mêmes journaliste à la BBC, en quoi consistent vos fonctions ?

Je suis l’un des rédacteurs en chef adjoints du Service français de la BBC, ou je travaille depuis maintenant 15 ans. Je travaille donc avec différentes équipes de journalistes pour produire les différents journaux d’informations de BBC Afrique, qui a la réputation d’être la Radio de référence en Afrique. Nous avons une audience de 10 millions d’auditeurs par semaine au service Français, mais l’ensemble de la BBC avec ses 33 services de langues a une audience hebdomadaire globale de 183 millions d’auditeurs.

Quel a été votre parcours jusqu’à la BBC ?

J’ai en réalité un profil de journaliste de télévision acquis à l’école de journalisme de Dakar au Sénégal. Et j’ai d’ailleurs effectué un certain nombre de stages à la TNB (Télévision Nationale du Burkina) ou je connais encore pas mal de journalistes, cameramen, monteurs et autres. Mon profil radio s’est imposé à moi pendant la révolution alors que je faisais le SNP (Service National Populaire). J’avais décidé, compte tenu des conditions financières dérisoires du SNP, de renoncer temporairement à la télé à Ouaga et de faire plutôt la radio à Bobo-Dioulasso ou résident mes parents. Et après avoir été nommé rédacteur en chef à Radio Bobo j’ai décidé d’y rester.

De là, j’ai rejoint Rome, la capitale italienne, ou j’ai travaillé comme journaliste au service français pour l’Afrique de Radio Vatican. Cela a été une expérience très enrichissante pour moi à plusieurs niveaux. Et contrairement à ce que les gens croient, on ne croise pas le pape au détour des rues du Vatican quand on y travaille, mais on a sans doute plus d’opportunités de le voir lors des cérémonies officielles.

De radio Vatican, j’ai rejoint BBC World Service. Une autre petite histoire. Je ne suis pas le premier burkinabè à travailler à la BBC, un certain Pierre Kalenzaga y avait travaillé dans les années 70 avant d’être employé des Nations Unies, ou il a pris sa retraite il y a quelques années. D’ailleurs élève au secondaire au Faso je me souviens que j’écoutais M. Kalenzaga sur la BBC, sans soupçonner un seul instant que j’y assurerais un jour « sa relève ».

Comment appréciez-vous la politique d’ouverture de la BBC vers l’Afrique ?

Je disais que BBC World service compte 33 services de langues. L’une des forces de la BBC c’est qu’elle diffuse en direction des différentes zones du monde en employant les journalistes originaires de ces pays. Très tôt cette politique a été développée. Au service français les africains y travaillant sont originaires de sept ou huit différents pays. Et nous avons bien entendu des collègues français, parfois belges, et même québécois. Un autre exemple au service Swahili par exemple : nous avons des collègues du Kenya, de la Tanzanie, et de l’Ouganda et presque toute l’Afrique anglophone est représentée au sein de Network Africa et de Focus on Africa les programmes phares du service anglais pour l’Afrique. L’Afrique représente en réalité plus de la moitié de l’audience globale du World Service.

On a noté l’arrivée de plusieurs journalistes burkinabè à la BBC ces dernières Années ; comment se passe leur intégration ?

Ces cinq dernières années, il y a eu beaucoup de nouvelles voix sur BBC Afrique, dont celles de deux nouveaux burkinabè, Edwige Caroline Sorgho et Lamine Konkobo. Tous deux travaillaient dans la presse au Faso et nous ont rejoints il y a de cela qautre ans bientôt. Toute intégration, je le disais au début, n’est pas facile. Et dans leur cas, en plus du défi professionnel, il fallait se départir des habitudes ouagalaises pour s’adapter aux réalités de Londres. Aujourd’hui les deux sont devenus de bons londoniens, et les difficultés du début sont, je crois, totalement oubliés.

Y a-t-il des manifestations autour du Burkina à Londres ?

Pas vraiment. Mais nous nous sommes promis avec notre ambassadeur Kadré Désiré Ouédraogo qui réside à Bruxelles, de relever ce défi. Rappelez-vous le programme d’activités que j’ébauchais plus haut.

Gardez-vous un contact régulier avec le Burkina ?

En tant que journaliste oui. En tant que citoyen burkinabè oui également. En tant que journaliste je suis en contact quotidien avec le Burkina. Il se passe rarement une journée sans que je n’appelle notre correspondant à Ouaga, ou certaines personnalités de la vie politique, économique ou du monde des affaires au Faso. En tant que citoyen burkinabè je rentre très régulièrement avec mon épouse et mes trois enfants au Faso. Cela fait que mes enfants aujourd’hui aiment énormément leur patrie, et souhaitent y repartir plus fréquemment encore.

Avez-vous des projets personnels pour le Burkina ?

L’avantage ou l’intérêt d’être en occident, c’est d’avoir eu l’opportunité de vivre et de connaître d’autres réalités. Dans nos pays africains, malgré le dynamisme de la nouvelle génération d’hommes d’affaires, tout reste à faire. J’ai de nombreux projets personnels sur lesquels je travaille, et 2007 devrait voir un début de réalisation de l’un de ces projets qui reste dans le domaine de la communication.

Mais mon objectif c’est de travailler au delà du Faso, en direction d’autres pays africains. A Londres ici je me fais l’avocat du devoir ou de la nécessité de travailler ensemble ou en réseau avec d’autres compatriotes. J’ai donc créé avec un compatriote une société qui est à ces débuts dans le domaine des NTICs. (NDLR : Nouvelles Technologies de l’Informations et de la Communication).

Interview réalisée par Cyriaque Paré
lundi 23 juillet 2007.
Lefaso.net

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