Burkina-Faso – A Ouagadougou, une école d’ingénieurs moderne et haut de gamme

A Ouagadougou, une école d’ingénieurs moderne et haut de gamme

Situé dans une "enclave diplomatique", l’Institut international d’ingénierie de l’eau et de l’environnement (2iE) occupe un emplacement, en plein coeur d’Ouagadougou et de son campus universitaire, qui suffit à résumer ce que représente cette école d’ingénieurs spécialisée dans les métiers de l’eau et de l’environnement : une exception, richement dotée en subventions et en matériels, plantée au milieu d’un océan universitaire démuni.

Exception là encore, elle offre à ses 650 étudiants – de vingt-quatre nationalités différentes – une perspective d’insertion quasi garantie après cinq années d’études : en 2007, six mois après leur diplôme, 92 % d’entre eux occupaient un emploi. 2iE fait partie de la vingtaine d’écoles inter-Etats – comme l’Ecole vétérinaire de Dakar ou celle d’urbanisme à Lomé – créée au lendemain des indépendances par des gouvernements soucieux de former des élites. Certains de ces établissements ont sombré, d’autres ont perduré, mais 2iE est sans doute la seule à avoir opéré une telle révolution.

"Avant, on était payé pour venir étudier. Maintenant, on paie pour y étudier", résume Paul Giniès. A la tête de l’institution depuis 2005, ce Français à poigne affiche l’ambition de faire de son établissement une grande école "de référence", formant des ingénieurs adaptés "aux réalités du terrain" et permettant aux entreprises installées sur le continent "de ne plus aller chercher au Nord ce qu’elles peuvent trouver au Sud".

A l’heure où un étudiant africain sur seize part étudier à l’étranger, 2iE se targue de combattre la fuite des cerveaux. De fait, la plupart de ses étudiants (tous internes) seraient partis poursuivre leurs études en Europe ou sur le continent américain – le Canada est très en vogue en Afrique francophone -, s’ils n’avaient pas croisé cette école sur leur route.

TARIFS "EUROPÉENS"

Qu’ils viennent du Mali, du Gabon ou du Cameroun, tous jurent vouloir, comme Hina, une jeune Centrafricaine qui vise un master en eau et assainissement, "travailler d’abord sur le continent, puis revenir au pays". Tous ou presque rejettent la fonction publique et montrent de l’appétit pour le privé. Quelque 12 % ont même créé leur entreprise en 2008.

Preuve que la notoriété gagne, 2iE voit même arriver "les premiers enfants de ministre", qui affichent habituellement peu de goût pour les métiers d’ingénieurs, encore dévalués dans les hautes sphères des pays africains. A l’étroit en centre-ville, l’école compte depuis peu une annexe à Kamboincé, à quelques kilomètres de la capitale, abritant des logements et des laboratoires qui tournent avec la collaboration du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad).

Comme son standing – un ordinateur portable et une chambre par étudiant -, les tarifs de l’école se rapprochent des standards européens. Les frais d’inscription s’échelonnent de 1 800 euros en première année (L1) – l’école a adopté le système européen du LMD, licence-master-doctorat – à 3 200 euros en années de master. Non compris, bien sûr, le logement et les repas.

Ces frais de scolarité contribuent à plus de 50 % au financement de l’école, les Etats africains pourvoyant à 15 %, les "partenaires du développement", en tête desquels la Banque mondiale et l’Agence française de développement, à 25 % et les entreprises à 3 %, soit un budget de 30,8 millions d’euros. Un montant à faire rêver les universités publiques du Burkina, pour lesquelles l’Etat a dépensé, en 2008, 30 milliards de francs CFA (45 millions d’euros).

Brigitte Perucca
05 02 09
http://www.lemonde.fr

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