Burkina-Faso – Une portée de dix formateurs prêts à l’emploi

Une portée de dix formateurs prêts à l’emploi

Dix journalistes burkinabè ont acquis des compétences sur la pédagogie du journalisme et maîtrisent aussi les techniques de montage et de gestion des projets de formation dans le domaine de la presse écrite. Ils ont été formés par l’ONG Est-Ouest durant cinq semaines à Ouagadougou, au cours d’une session de formation des formateurs initiée et financée par l’ambassade de France au Burkina Faso. Ils ont reçu leurs attestations le 12 décembre 2009 et sont à présent aptes à animer des sessions de formation au profit de leurs confrères dans les rédactions.

Cette session de formation des formateurs est une façon concrète pour l’ambassade de France au Burkina de contribuer à la professionnalisation du secteur de la formation dans le domaine du journalisme. L’entrée en action de cette cohorte de dix nouveaux professionnels, spécialisés dans la pédagogie du journalisme, devrait permettre d’améliorer la qualité de la presse dans notre pays. Pour concrétiser son appui, l’ambassade de France a porté son choix sur l’ONG Est-Ouest, la structure qui a piloté cette session de formation des formateurs.

Tout a commencé au mois de mai 2009 par une étude d’évaluation des besoins de formation en presse écrite que Michel Leroy de Est-Ouest est venu réaliser à Ouagadougou. Puis a suivi la restitution et la validation de cette étude au mois de juillet par les patrons de presse, des journalistes mais aussi par des universitaires et des partenaires techniques et financiers intervenant dans le domaine des médias. Ainsi, un cycle de formation de cinq semaines a été proposé, devant se tenir entre octobre et décembre 2009.

Par appel à candidatures, l’Université libre du Burkina (ULB) a été désignée comme partenaire locale de cette session de formation. Le choix des dix formateurs à former a été fait également sur appel à candidatures. Selon Michel Leroy, de nombreux journalistes ont postulé et la sélection a été très rigoureuse vu qu’il ne fallait retenir que dix personnes.

La pédagogie du journalisme a été évidemment le premier module de cette session de formation. Animé par Michel Leroy, ce module a permis aux stagiaires de maîtriser la définition des objectifs pédagogiques d’une formation. Ils ont aussi abordé les différentes méthodes et techniques propres à l’enseignement du journalisme : quelle progression pédagogique avec quel groupe ? Comment faire participer ? Comment valider l’appropriation des connaissances ?

Le montage de projets a été un module dispensé par Corinne Matras, consultante et ancienne responsable du bureau du Journalisme au ministère français des Affaires étrangères et ancienne responsable adjointe du département international de l’Ecole supérieure de journalisme de Lille. Ce 2e module a permis à chaque stagiaire de savoir formaliser un projet de formation. Durant une semaine, la formatrice a donné des tuyaux aux stagiaires afin que chacun puisse s’inscrire dans une démarche de projet, savoir comment structurer une offre et comment démarcher un financement avec son projet.

Le troisième module a été consacré à la gestion de projets et a été assuré par Marie-Soleil Frère, chercheur à l’Université libre de Bruxelles et ancienne responsable de la coopération médias à l’Agence internationale de la Francophonie. Il a été question de voir comment mettre en œuvre un projet lorsqu’il est monté. Ce module a permis de passer en revue et d’intégrer la démarche de suivi et celle d’évaluation dans toutes leurs dimensions. L’objectif étant de donner assez d’outils aux stagiaires (porteurs de projets) pour faire d’eux des gestionnaires avertis.

Après ces trois modules, il était important que les stagiaires soient mis en situation d’observateurs d’une session de formation. Ainsi, à tour de rôle, durant une semaine, ils ont été à l’université de Ouagadougou observer un module de formation sur le multimédias des étudiants de l’Institut panafricain d’études et de recherche sur les médias, l’information et la communication (IPERMIC).

Ce module était animé par Sylvie Sargueil, journaliste et médecin, mais aussi par Michel Leroy et Issa Boro de l’IPERMIC et San Evariste Barro de L’Observateur Paalga. Lors de la formation, les étudiants de l’IPERMIC ont créé et animé un blog sur le Sida. Il est consultable à l’adresse suivante : http://lesida.info

Enfin, le 5e module a été la dernière phase de la mise en situation. Elle s’est déroulée sous la supervision de Michel Leroy. Mais cette fois, elle a été animée par les stagiaires eux-mêmes. Chacun, à son tour, était en situation de formateur devant les étudiants en Information et Communication de l’ULB. Ainsi, au cours d’une demi-journée chaque stagiaire a pu mieux apprivoiser, in vivo, les enjeux de la formation et la prise en charge du groupe des apprenants.

La fin de cycle de formation a été marquée par une cérémonie de remise des attestations le 12 décembre 2009 au Centre culturel français Georges Méliès à Ouagadougou. A l’occasion, le conseiller de coopération et d’action culturelle, Laurent Barbot, a loué « le professionnalisme avec lequel les stagiaires ont suivi cette formation. Je salue votre esprit de sérieux et de conscience professionnelle car après chaque journée de formation, vous retourniez dans vos rédactions pour travailler ».

S’agissant du cycle de formation multimédias avec les étudiants de l’IMPERMIC, Laurent Barbot s’est réjoui de ce que « le travail a été bien fait et en un laps de temps. J’ai été sur votre blog et j’ai vu ce que vous avez fait. Les articles sur le Sida sont traités sous un jour nouveau, un angle original ». Il s’est dit convaincu de l’effet démultiplicateur de cette formation et a remercié tous les partenaires qui l’ont animée : Est-Ouest, ULB et IPERMIC. Pour lui, la réussite de cette session donne tout son sens à l’appui que l’ambassade de France apporte au secteur des médias au Burkina Faso.

Ambroise Zagré, recteur de l’ULB, a exprimé le mérite et l’honneur de son université d’abriter le cycle de formation des formateurs. « La presse burkinabè dispose à présent de 10 compétences pour le renforcement des capacités des journalistes. L’ULB adopte les formateurs et est disposée à leur offrir un espace pour approfondir et mettre en valeur leurs nouvelles compétences ». Pour finir, il a salué l’exemplarité de la collaboration entre l’ULB et l’ambassade de France.

Au nom du Pr Serge Théophile Balima, directeur de l’IMPERMIC, Issa Boro a loué cette initiative et espéré qu’elle se renouvellera. Il a rendu hommage aux stagiaires pour l’intérêt qu’ils ont porté à cette formation. Pour sa part, Michel Leroy, le formateur principal, a apprécié ces semaines intenses du donner et du recevoir, car « on a pu travailler de professionnel à professionnel ». Il a déclaré que la moitié du chemin vient d’être parcouru.

L’autre moitié revient aux nouveaux formateurs qui doivent « développer des initiatives pour proposer leurs compétences aux partenaires techniques et financiers pour être accompagnés dans les sessions de formation de journalistes au Burkina. Quant aux étudiants de l’IMPERMIC, il leur appartient de faire vivre leurs blogs en les alimentant régulièrement ».

San Evariste Barro

Liste des journalistes ayant pris part à la session de formation des formateurs :

Rabankhi Abou-Bâkr Zida, Sidwaya

Jean Bernard Zongo, Sidwaya

Newton Ahmed Barry, L’Evènement

Ousséni Ilboudo, L’Observateur Paalga

San Evariste Barro, L’Observateur Paalga

Morin Yamongbé, Fasozine

Koffi Amétépé, Journal du Jeudi

Romaric Ollo Hien, Agence France presse (AFP)

Yacouba Ouédraogo, Le Citoyen

Abibata Koulidiaty, Direction du développement des médias

Encadré Quels acteurs s’expriment

Michel Leroy, animateur principal de ce cycle de formation
« C’est un travail très riche qui a été réalisé »

Présentez-vous à nos lecteurs

Je m’appelle Michel Leroy, je suis journaliste, formateur et consultant. Je travaille pour différentes organisations et notamment pour le réseau [est ouest], que j’ai créé avec un collègue il y a bientôt deux ans, pour répondre aux évolutions du secteur de la coopération internationale.

Présentez-nous Est-Ouest.

[[est ouest]->www.estouest.net] est une organisation non gouvernementale internationale de droit français, basée à Paris, spécialisée dans le développement des médias et la bonne gouvernance. Nous assurons des formations dans le domaine du journalisme et de la communication, et contrairement à des structures classiques, nous intervenons également en amont et en aval en réalisant des études de besoins, des évaluations à mi-parcours, des audits finaux…

Nous participons également aux grands rendez-vous internationaux où nous souhaitons faire entendre une voix francophone qui a fini par devenir inaudible. Un comité scientifique réunit des experts du nord et du sud pour porter cette parole. Nous travaillons pour les principaux bailleurs internationaux du secteur en privilégiant le qualitatif sur le quantitatif.

Pourquoi votre structure a initié cette session de formation ?

Nous avons été sollicités en début d’année par l’ambassade de France au Burkina Faso qui souhaitait disposer d’une étude des besoins de formation en presse écrite, afin d’être éclairée dans ses choix de coopération. Cette mission d’étude s’est déroulée du 10 au 16 mai dernier et elle a donné lieu à une restitution le 6 juillet.

[est ouest] a préconisé quatre interventions : un cycle ambitieux de formation de formateurs, afin de disposer d’une cohorte de nouveaux professionnels spécialisés dans la pédagogie du journalisme et sensibilisés au montage et à la gestion de projets, un cycle de formation au multimédia pour les futurs journalistes, une réunion de concertation entre bailleurs intervenant dans le domaine des médias et une offre de formation en résidence dans une rédaction locale, pour accompagner un projet de développement.

Le service culturel de l’ambassade a validé ces choix et a pu d’ores et déjà concrétiser les deux premiers projets, dans un délai très court, grâce notamment à la capacité de mobilisation d’Anne-Sophie Barreau qui les a littéralement portés sur les fonts baptismaux. Les cours ont eu lieu au cours du dernier trimestre.

Avez-vous des raisons d’estimer que vos objectifs de départs ont été atteints ?

Disons que la moitié du chemin a été parcourue. Dix des principaux cadres locaux des médias ont suivi le cycle de formation de formateurs, avec des cours de Corinne Matras ou Marie-Soleil Frère… Ils ont tous réalisé un cours début décembre en conditions du réel, devant les étudiants en sciences de l’information et de la communication de l’Université libre du Burkina. Nous avons passé plusieurs heures à le préparer et à le débriefer ensuite. Leur démarche pédagogique est aujourd’hui validée par un diplôme remis à chacun.

La formation au multimédia à l’Institut Panafricain d’Etude et de Recherche sur les Médias, l’Information et la Communication(Ipermic) – dont c’était là la rentrée officielle – a conduit à la création d’une vingtaine de blogs. Tous les étudiants ont par ailleurs travaillé pendant une semaine à un site sur le sida au Burkina sur des sujets ou avec des angles que l’on n’a pas forcément l’habitude de lire habituellement.

C’est un travail très riche qui a été réalisé avec une formatrice internationale à la double compétence de médecin et de journaliste, Sylvie Sargueil et avec un des formateurs locaux, Evariste Barro. Maintenant, c’est aux stagiaires de faire l’autre moitié du chemin et à faire vivre ce qu’ils ont acquis, afin d’obtenir le plus important : la légitimité, ici et dans la sous-région. A eux d’être par exemple une force de proposition pour répondre aux appels à projets des partenaires financiers et proposer des offres alternatives.

Après cette session, reste aux formateurs de mettre en valeurs les nouvelles connaissances acquises. Peuvent-ils s’attendre à un appui d’Est-Ouest dans leurs premiers pas dans le domaine de la formation ?

[est ouest] est et sera bien entendu aux côtés des formateurs locaux qui désireront s’engager plus avant dans des projets de formation. Déjà des journaux de la place ont fait appel à certains et plusieurs envisagent de se concerter pour proposer une offre de formation continue qui réponde vraiment aux attentes de la profession.

C’est un signe encourageant de la professionnalisation d’un secteur qui, pendant longtemps, est resté marqué par la culture du per-diem, le saupoudrage et l’amateurisme. Il ne peut pas y avoir de développement des médias sans une offre de formation continue professionnelle répondant aux standards internationaux et aux attentes des médias. Le travail à faire dans ce domaine est encore énorme.

Quelles sont les personnes et les structures que vous tenez à remercier à l’issue de cette session de formation ?

Je voudrais remercier l’ambassade de France, bien entendu, notamment son conseiller de coopération et d’action culturelle, Laurent Barbot, et Anne-Sophie Barreau, qui a porté les projets médias tout au long de ces derniers mois. Je remercie également les deux partenaires locaux d’[est ouest], l’université libre du Burkina, son recteur, Ambroise Zagré et son coordinateur, Poussi Sawadogo et l’Ipermic, son directeur Serge Théophile Balima et son coordinateur Issa Boro. Je remercie également l’agence universitaire de la Francophonie pour nous avoir permis d’utiliser la salle du Campus numérique francophone de l’université de Ouagadougou.

Morin Yamongbé, Fasozine

"Lorsque je faisais acte de candidature à cette formation animée par la structure "Est-Ouest" et financée par l’ambassade France au Burkina, j’émettais le voeu d’en sortir encore plus aguerri dans mes tâches quotidiennes de directeur de la Rédaction au groupe de presse Fasozine.

A la fin de cette session menée par des formateurs de formateurs de qualité, je ne peux que me réjouir d’avoir fait partie des dix privilégiés qui, suite à une sélection rigoureuse ont bénéficié, par les soins de Michel Leroy, d’enseignements aussi riches que variés sur le journalisme et sont maintenant dotés des ficelles indispensables à tout formateur.

Cerise sur le gâteau, Marie Soleil Frère/Minoungou et Corinne Matras ont fait de nous des porteurs de projets, en nous inculquant dans ses moindres détails, l’art de monter des projets, en se donnant les chances de bien les réaliser. Et, c’est avec beaucoup d’aise que nombre d’entre nous se sont présentés devant les étudiants de l’Université libre du Burkina (ULB) pour mettre en pratique les cours à nous prodigués. C’est dire combien l’expérience, qui nous ouvre bien des perspectives est à saluer."

Rabankhi Abou-Bâkr ZIDA, Sidwaya

Cette formation m’a permis de découvrir et de renforcer mes connaissances en matière de pédagogie du journalisme de montage et de gestion de projets. Pour nous autres chargés de l’encadrement des jeunes dans certaines instituts supérieurs ou au sein des rédactions, le module de pédagogie a été d’un grand apport. Aussi, les deux autres modules, le montage et la gestion de projet nous a donner suffisamment de connaissances.

Et c’est tant mieux car désormais, je suis capable de monter un projet de formation de journalistes que je soumettrai à des partenaires qui voudront bien nous accompagner dans sa mise en œuvre. Ce que j’ai appris durant ces cinq semaines bénéficiera sans aucun doute aux Editions Sidwaya. Avant même la fin de la formation, la direction générale des Editions sidwaya a organisé une session de formation au profit de dix étudiants de l’ISTIC en fin de formation et mis à la disposition de Sidwaya…

Cette formation portait sur trois modules et moi j’ai animé le module sur la préparation d’un reportage…. C’est vous dire toute l’importance de la formation que nous avons bénéficié….. D’autres sessions de formation sont prévues. Nous avons désormais des compétences pour aider à relever le niveau de la presse burkinabé.

Koffi Amétépé, JJ

Je suis Koffi Amétépé, Journaliste rédacteur à l’hebdomadaire satirique le journal du Jeudi. Avant d’être admis dans cette rédaction, j’ai précédemment roulé ma bosse au défunt quotidien privé, "24 heures" où j’ai commencé le métier en mai 2000. Après la fermeture du journal, j’ai échoué au quotidien "Le Pays" où j’ai passé environ 4 ans. Il faut peut-être ajouter que je suis entré dans cette profession par la petite porte. Titulaire d’une Maîtrise ès-Lettres option Philosophie à l’époque, j’ai dû donc apprendre tout en travaillant.

Pour avoir appris le métier sur le tas comme on le dit trivialement, j’ai vite compris non seulement le sens de la formation fondamentale, mais aussi et surtout de la formation continue. Parallèlement à ma profession, j’ai poursuivi mes études en Philosophie et j’ai pu obtenir, cette année, un DEA (Diplôme d’Etude Approfondie) en Philosophie. J’estime qu’après presque 10 de métier, le journalisme a apporté beaucoup dans ma modeste vie pour que je me décide à en donner aussi à mes autres confrères en quête de savoir et de compétences. J’ai accepté de suivre de cycle de formation des formateurs pour servir notre métier.

Personnellement j’estime avoir encore beaucoup de choses à apprendre. Néanmoins j’ai déjà conçu deux modules de formation que je compte affiner en vue de les proposer aux organisations professionnelles de journalistes et à tous les bailleurs de fonds soucieux de contribuer au renforcement des capacités des journalistes du Burkina et de l’Afrique en général.

Source:
L’Observateur – http://www.lobservateur.bf
Décembre 2009

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