Burkina-Faso – Université de Ouagadougou : Les étudiants toujours dans l’attente

Université de Ouagadougou : Les étudiants toujours dans l’attente

Le calendrier rénové de l’année académique 2007-2008, suite à une crise ayant conduit à la fermeture du campus, prévoyait la fin de l’année universitaire en décembre 2008 pour la majeure partie des Unités de formation et de recherche (UFR). Mais à ce jour, la situation est tout autre dans l’enceinte du temple du savoir. L’année universitaire 2007-2008 tarde à se terminer et une grève du Syndicat autonome des enseignants chercheurs (SYNADEC) paralyse certaines filières.

Ouréatou Ouédraogo est étudiante, nouvellement orientée en Sciences économiques et de gestion (SEG) à l’Université de Ouagadougou depuis près d’un mois maintenant, Depuis elle "traîne" à l’Université dans l’espoir d’avoir des informations sur la date de la rentrée universitaire.

"Après le Bac en juin 2008, on ne va plus à l’école et on a tellement chômé qu’on oublie même qu’on doit entrer à l’université", se plaint-elle. Comme cette nouvelle bachelière, ce sont de milliers de nouveaux bacheliers de la session 2008, inscrits dans les filières de formation, qui attendent d’intégrer les amphithéâtres. Pourtant prévue pour décembre 2008 après la longue crise qu’a connue l’Université de Ouagadougou, l’année académique 2007-2008, tarde à connaître son épilogue. Si la première session s’est déroulée sans difficultés dans toutes les unités de formation et de recherche (UFR), la deuxième elle, connaît actuellement des problèmes.

En effet, de nombreux étudiants scrutent chaque jour depuis maintenant des semaines les tableaux d’affichage de leur UFR, espérant être situés sur leur sort. Mais point de résultats. En plus, certains ne savent même pas ce qui se passe. "Les résultats de la 2e session ne sont pas encore disponibles. Pour le moment, nous ne maîtrisons pas le climat qui prévaut à l’université et on nous ne donne pas aussi des informations", s’inquiète Tcherkité Noufé, étudiant en année de Maîtrise en science et économie de gestion (SEG). Pour le président de l’Université de Ouagadougou, le Pr Jean Kouldiati, il existe des disparités entre les différentes UFR, quant à la fin de l’année académique 2007-2008 et le début de celle de 2008-2009.

Car au redémarrage des cours en septembre 2008, a-t-il expliqué, les unités de formation n’avaient pas exécuté les mêmes volumes horaires. De fait, tandis que les filières professionnalisantes (ISSP, IBAM etc.) ont déjà débuté l’année 2008-2009 en octobre, les unités de formation et de recherche en science de la santé (SDS) et en sciences juridiques et politiques (SJP) sont toujours en examen pour l’année universitaire écoulée. En sciences exactes et appliquées (SEA), les cours ont aussi commencé. Le directeur adjoint de cette UFR, Boukary Pilabré, confirme : "Nous avons effectué beaucoup de nos délibérations avant la fin de l’année 2008. Les professeurs et les élèves ont déjà pris connaissance de leurs emplois du temps. Les cours ont même repris".

Après les étudiants, le tour des enseignants

Cependant, dans les filières ordinaires, comme en SEG, en Sciences humaines (SH) et en Lettres, art et communication (LAC), c’est-à-dire le plus gros effectif de l’Université, l’année universitaire n’est pas encore terminée. Le Pr Jean Kouldiati reconnaît l’existence de quelques problèmes. "On a constaté un net ralentissement dans certaines UFR dans la rentrée des notes et des remises de copies aux étudiants", a-t-il souligné.

Cette situation d’année académique 2007-2008 non encore achevée qui prévaut à l’Université de Ouagadougou n’est certainement pas étrangère à la grève décrétée depuis le 21 décembre 2008 par le Syndicat national autonome des enseignants-chercheurs (SYNADEC).

A ce sujet, le président de l’Université de Ouagadougou indique que cela pourrait être le cas concernant les UFR/SH et UFR/LAC, car elles renferment le plus grand nombre de syndicalistes du SYNADEC. Mais, conclut-il rapidement, "je me garderai de faire des statistiques car elles se prêtent toujours à débat, à contradiction, à polémique". Par contre, le SYNADEC, par l’intermédiaire de son secrétaire général, Magloire Somé, est formelle. "C’est normal que les résultats ne soient pas disponibles dans les différentes UFR puisque nous sommes en grève. Le contraire aurait prouvé qu’elle n’était pas suivie. Etre en grève signifie arrêt des activités académiques, c’est-à-dire les enseignements et les évaluations", déclare-t-il.

Le mot d’ordre de grève du SYNADEC fait suite au dépôt d’une plate-forme revendicative en date du 17 juillet 2008. Deux points essentiels y sont inscrits. Il s’agit de la liquidation des dettes sociales des universités et de la revalorisation du statut de l’enseignant-chercheur burkinabè. "On a déposé notre plate-forme depuis le 17 juillet et c’est seulement le 27 décembre 2008 qu’on nous a reçus.

Il a quelque part du mépris vis-à-vis des enseignants", a relevé Magloire Somé. Cette rencontre avec le gouvernement, a affirmé le président du SYNADEC, a permis de faire le point de leur revendication. Pour lui, aucune partie de la plate-forme n’a donné satisfaction. Si l’apurement des dettes sociales des universités est en voie de résolution, c’est la revalorisation du statut des enseignants-chercheurs qui constitue la pierre d’achoppement des négociations. Une commission a été mise en place à cet effet par le Premier ministre pour réfléchir à la question. Elle a d’ailleurs proposé au SYNADEC de se joindre à cette réflexion. "C’est la proposition qui nous a été faite, mais nous ne sommes pas satisfaits de cela. Car nous estimons que la question de la revalorisation de notre statut est une priorité et il faut s’y atteler tout de suite", a expliqué Magloire Somé, tout en souhaitant que le gouvernement leur donne des échéances afin qu’ils puissent commencer les négociations sur les questions salariales.

"120 enseignants à la retraite en 2017"

Face à ce climat, l’inquiétude des étudiants du campus de Zogona est légitime. Mais, Jean Claude Nassa, secrétaire à l’information du SYNADEC, pense autrement. Selon lui, "l’opinion se focalise sur le danger et le risque qu’il y a de perdre ou de perturber l’année. Comme nous l’avons déjà dit, notre mouvement est d’ordre structurel et n’est pas axé seulement sur des revendications matérielles. Il a pour but de créer entre autres, une situation qui permette à l’Université de ne plus se poser la question d’année perturbée".

L’Université de Ouagadougou, a-t-il poursuivi, est devenue de moins en moins intéressante pour les jeunes générations d’enseignants assistants. Quand ils trouvent mieux, ils s’en vont voir ailleurs. Pour le SYNADEC, une étude a montré que "dans les quatre années à venir, 58 enseignants iront à la retraite et dans 8 ans, ils seront 120". Vu le temps qu’il faut pour former la relève, s’est inquiété Jean Claude Nassa, l’institution universitaire est en danger.

En ce qui concerne l’année académique 2008-2009, le président de l’Université est optimiste. "Le Conseil scientifique qui s’est réuni en décembre dernier a fixé l’année universitaire du 1er décembre 2008 au 31 juillet 2009, soit 32 semaines de cours. Alors qu’une année académique peut être évaluée dès lors que nous avons 25 semaines de cours", a rassuré le Pr Jean Kouldiati. Il a en outre espéré, ainsi que les membres du SYNADEC, que la rencontre avec le gouvernement prévue pour ce 12 janvier, aboutisse à une levée du mot d’ordre de grève. Car, il y va de l’avenir de cette institution universitaire qui a pendant longtemps occupé un bon classement parmi les universités francophones d’Afrique.

Sié Simplice HIEN

Sidwaya
Lundi 12 janvier 2009

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