Conciliation études-famille: possible, mais difficile

Conciliation études-famille: possible, mais difficile

(Québec) Annie-Pierre Bélanger, 24 ans, est maman de Fleur, quatre ans, et de Lilly-Marion, deux ans. Lorsqu’elle est tombée enceinte de la première, Annie-Pierre terminait un certificat en création littéraire à l’Université Laval. L’étudiante a même entamé un baccalauréat en études littéraires, mais n’a pu terminer le premier semestre, la charge étant trop lourde avec sa grossesse.

La jeune femme avait envie d’avoir des enfants, mais ne s’était fixé aucun objectif, laissant «la nature faire». Aujourd’hui, même si elle est en pause d’études, Annie-Pierre a la ferme intention de terminer son bac commencé en 2005.

Depuis la naissance de sa première fille, elle a fait certaines sessions à temps plein, d’autres à temps partiel. Elle travaille présentement à la rédaction d’un roman pour ados, mais envisage de retourner sur les bancs d’école au plus tard l’automne prochain. Pour suivre les quatre cours qui lui manquent… afin de pouvoir ensuite attaquer la maîtrise!

Le conjoint d’Annie-Pierre, Daniel Chamberland, 26 ans, est actuellement aux études, au bac en histoire. Jamais, avant cette année, le couple n’avait fait garder leurs enfants à la garderie. Ils choisissaient leurs cours pour pouvoir être successivement à la maison avec leurs filles.

Mais qu’est-ce qui motive ces jeunes parents à poursuivre leurs études? Pour Annie-Pierre, qui se dit «étudiante dans l’âme», tout s’est bien passé. «C’est pas tout rose, mais l’horaire est flexible et il y a beaucoup moins de présence à l’école que de travail en soi.»

La maman a même repris les cours, à temps partiel, deux semaines après la naissance de sa seconde fille. «Les profs et les étudiants ont été très compréhensifs. J’apportais le bébé aux cours et j’allaitais, parfois.»

Elle avance cependant que d’autres programmes, aux cursus plus rigides, comme le baccalauréat en sciences infirmières, lui auraient été impossibles à compléter. Elle n’aurait pas non plus pu s’astreindre à un horaire cumulant cours et laboratoires.

Annie-Pierre croit toutefois que l’on a moins fait preuve de tolérance envers son conjoint. «Il a dû se chicaner avec des profs, lorsqu’il a raté des évaluations, quand les enfants étaient malades, par exemple.»

Réseaux et ressources

Annie-Pierre Bélanger s’implique d’ailleurs dans l’Association de parents étudiant ou travaillant à l’Université Laval (APETUL) depuis sa création, en 2006. L’Association, qui compte plus de 500 membres, a comme objectif de regrouper les parents du campus pour créer un réseau d’entraide.

Elle aurait aimé qu’une telle association existe il y a quelques années. «Je n’avais pas de réseau de mères autour de moi. J’avais 19 ans, j’étais la première. J’ai appris tard, par exemple, que je pouvais être aux études à temps partiel, à partir de la 20e semaine de grossesse, et recevoir les prêts et bourses comme si j’étais à temps plein», relate-t-elle.

Mais Annie-Pierre voit toujours la parentalité étudiante d’un bon oeil, «entre autres pour ceux qui veulent leurs enfants tôt, au lieu de les avoir en rafale, à partir de 30 ans». Elle pense aussi que de meilleures ressources pour les parents à l’université permettraient de former des familles mieux éduquées.

Un des inconvénients majeurs pour les parents étudiants, selon elle : les études à temps partiel qui privent les étudiants de plusieurs avantages du temps plein, comme l’accès au travail étudiant ou aux bourses de deuxième et troisième cycles.

Et que dirait Annie-Pierre aux parents qui ont envie de retourner sur les bancs d’école? «C’est possible! Il faut d’abord s’informer, s’assurer que ça concorde avec le domaine d’études. Aussi, les politiques changent d’un département à l’autre. Il ne faut pas s’arrêter à un premier non.»

Annie-Pierre Bélanger participera à la conférence Choisir d’être parent et étudiant jeudi à 11h30, à l’amphithéâtre 3D du pavillon De Koninck de l’Université Laval. Les enfants sont bienvenus.

Par Laurie Richard
Le Soleil
22/11/09

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