Exemple d’intégration réussie, Pie Tshibanda

Pie Tshibanda, un exemple d’intégration réussie

Je vous recommande d’écouter et de lire Pie Tshibanda. Je l’ai
découvert tout à fait par hasard un soir à Bruxelles où il se
produisait au Centre Culturel de Woluwe-Saint-Pierre et j’ai tout
simplement été séduite et transporté par sa façon de parler de nous,
de l’Afrique et de cette Europe qui nous fait tant rêvé.

Qui est Pie Tshibanda ? Suite à l’épuration ethnique dont ont été
victime les Katangais originaires du Kasaï, Pie Tshibanda quitte
Lubumbashi en décembre 94, passe par Kinshasa avant de s’embarquer
pour la Belgique, à la recherche d’un nouvel avenir.
Déjà au Zaïre il faisait parler de lui. Psychologue et professeur il
a écrit des articles de presse, fait des reportages vidéo et des
bandes dessinées pour dénoncer le génocide dont sont victimes les
katangais. Arrivé en Belgique un véritable parcours du combattant commence : il va devoir s’expliquer, se défendre pour obtenir le
statut de réfugié.

Il existe trois possibilités légales pour résider et séjourner
durablement en Belgique :
1. demander l’asile en prouvant qu’on est victime de persécutions de
la part d’un Etat ;
2. demander un regroupement familial ;
3. obtenir un visa étudiant

Pie Tshibanda a opté pour cette première démarche en espérant pouvoir
faire une demande de regroupement familial pour sa femme et ses six
enfants.

Dans son spectacle intitulé « Je ne suis pas sorcier » Pie Tshibanda
nous conte sa vision de l’Afrique et de l’Europe à travers les
coutumes et les habitudes de chacun des peuples. Il nous entraîne de
façon si naturel et jamais agressive dans ces réalités que nous
connaissons et dont nous n’avons parfois plus conscience. Seul sur
scène il ne lasse pas, bien au contraire. Tous les regards sont
attentifs et prêt à s’amuser de ces comparaisons. Mais ce qui est le
plus important c’est qu’il est impossible de rester indifférent à la
fin du spectacle. Entre questionnement et prise de conscience vous
êtes touché au plus profond de vous car vous regarderez le monde dans
lequel vous vivez d’une façon bien différente.

« Un fou noir au Pays des blancs », éd.Bernard Gilson, roman que j’ai
acheté après le spectacle et que je vous recommande. Pie Tshibanda y
raconte son arrivée à Bruxelles, l’accueil qu’il y a reçu et les
difficultés à se faire accepter par un monde si différent de celui
qu’il connaissait au Congo. Le personnage du roman passe par des
moments de doute, de questionnement mais ne se décourage jamais car
il sait qu’il peut y arriver. Pie Tshibanda ne critique pas, il
décrit ce qu’il a vécu et comment il a réagi. Malgré le côté parfois
dramatique du roman on parvient à rire et se moquer de ces situations
qui nous touchent tous quelque part.
Après son arrivée à Bruxelles, Masikini (le personnage principal du
roman) se rend à la maison communale (ou préfecture en France) pour y
déclarer son arrivée sur le sol belge : « Il était neuf heures du
matin. L’employé lui dit qu’il était en retard et qu’il fallait
revenir plus tôt le jour suivant. Masikini ravala sa vexation. (.) La
deuxième fois qu’il se présenta à la commune, l’agent lui dit qu’il
était encore en retard. Soyez gentil, monsieur, éructa-t-il, révolté,
je suis dans la file depuis cinq heures du matin (..) Viens à quatre
heures, monsieur, je ne reçois que les vingt premiers, ceux qui ont
eu un jeton. »
Voilà une situation qui résume bien les difficultés auxquelles nous,
africains ou non européens, pouvons être confronté dans
l’administration en Europe : beaucoup de temps perdu, beaucoup de
déception, l’impression d’une indifférence générale.

A travers Pie Tshibanda on se rend compte, encore une fois, que
malgré tous ces obstacles il est possible de s’en sortir et de
renverser une situation. Il ne faut jamais désespérer et croire que
le destin s’acharne. On a tous en nous une force intérieure qui peut
nous aider à nous sentir bien en nous donnant la capacité de rebondir
et la chance de réussir.

Pie Tshibanda est déjà très connu au Congo, son succès théâtral en
Belgique est spectaculaire et ne doit plus faire ses preuves.
J’espère de tout coeur qu’il va continuer à nous faire rire tout en
nous faisant prendre conscience de nos différences.
Pour plus d’informations vous pouvez consulter son site officiel "www.Tshibanda.be ".
Ghislaine Gbianza

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