France – Après les grèves, les facs tentent de limiter la casse

France – Après les grèves, les facs tentent de limiter la casse

Ici, l’IUT d’Albi voit le nombre de demandes d’inscription s’envoler: entre + 30% et + 40% par rapport à l’été 2008. Là, celui de Grenoble 2 parle dune "explosion" avec, selon les filières, + 50% à + 100%… Même chose dans les BTS, autre filière à bac + 2 de plus en plus recherchée par les futurs étudiants. Les classes préparatoires aux grandes écoles croulent, elles aussi, sous les demandes.

Alors, l’université française va-t-elle payer, dès la rentrée prochaine, le conflit qui l’a secouée de janvier à mai? Il faudra attendre de connaître les choix définitifs des futurs bacheliers, d’ici à la mi-juillet, pour avoir des certitudes. Mais à y regarder de près, les premières tendances sont inquiétantes pour certaines universités. Certes, les modalités de préinscription dans les autres filières ont été simplifiées. Parfois payante, comme à Grenoble (15 euros), la constitution d’un dossier de candidature est devenue gratuite. Certes, lors de la formulation de leurs voeux pour l’année prochaine (voeux qu’ils devaient formuler avant le 31 mars), 42,2% des lycéens ont émis le souhait d’aller en fac, un taux comparable à celui de l’an dernier. Mais il y a ces messages laissés, comme ici à Orléans, par des parents furibards: "Marre de la fac, l’année prochaine, mon fils je l’inscris à l’IUT!"

Il y a aussi l’effet "crise économique" qu’a repéré sur les salons d’étudiants Jean-François Mazoin, président de l’association des directeurs d’IUT. "Les parents sont de plus en plus à la recherche de formations sécurisantes." Ainsi Lille-III (sciences humaines et sociales), en pointe de la contestation, voit ses demandes diminuer de 12%. Lyon-I avoue une vraie baisse dans le secteur des sciences, notamment en mathématiques-informatique et en physique-chimie.

Professeur des sciences de l’éducation à Lyon-II, Philippe Meirieu observe "chez les familles plutôt aisées le même souci de fuir l’université. Celle-ci sort exsangue du conflit, sans avoir trouvé la solution au pire des maux qui la rongent: le fait que les deux tiers des élèves de premier cycle se cassent la figure au bout du compte".

Paris VIII optimiste

Autre souci, la vision qu’auront de l’université française certains étudiants étrangers. La faculté de Poitiers a dû expliquer à ses partenaires américains que les diplômes délivrés cette année n’étaient pas "aux rabais". "Mais nous savons que les effectifs des Américains seront inférieurs l’an prochain", constate la responsable des relations internationales.

Dans la capitale, la situation semble différente: Sylviane Tarsot-Gillery, déléguée générale de la Cité internationale à Paris, observe une hausse nette des demandes de logement venues de l’étranger pour l’année 2009-2010. "Autour de + 10%. Mais peut-être est-ce dû à la crise économique. Nos tarifs sont très raisonnables et attirent sans doute des étudiants qui, avant, se seraient logés autrement." Toujours est-il que Paris-II-Assas, par exemple, revendique + 34% de postulants entre 2008 et 2009 en licence de droit, + 12% en licence d’économie. Même optimisme à Paris-VIII-Saint-Denis qui mise sur une augmentation de 10%. Au cabinet de la présidence, on estime que le label "fac militante" aura eu un impact positif auprès de "beaucoup de jeunes qui se retrouvent dans le combat pour la défense du service public".

Epargnée par le mouvement de l’hiver et du printemps, l’université de La Rochelle a, elle, noté + 13% pour les préinscriptions. Forte de 7 000 étudiants, elle devrait ainsi connaître une troisième année consécutive de hausse de ses effectifs: "Sans doute est-ce dû, pour une faible part, au fait que le conflit ne nous ait pas atteints, analyse son président, Gérard Blanchard. Mais je préfère croire que ce succès repose sur deux de nos forces, la petitesse de notre université, avec un mode de travail plus proche de ceux des grandes écoles, et la réputation de nos formations."

Par Alexandre DUYCK
Le Journal du Dimanche
29 juin 2009

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