France – Immigration économique : le dispositif des « métiers en tension » est entré

France – Immigration économique : le dispositif des « métiers en tension » est entré en vigueur

Alors qu’ils représentent près de 30 % des entrées permanentes en France, les Algériens et les Tunisiens sont exclus des mesures facilitant l’accès des étrangers à des métiers rencontrant des difficultés de recrutement, selon la circulaire que « Les Echos » se sont procurée.

La circulaire sonnant le top départ de l’immigration économique vient d’être envoyée (le 20 décembre) : les préfectures sont désormais autorisées à délivrer des autorisations de travail aux étrangers exerçant des métiers rencontrant des difficultés de recrutement. Et cela, sans que l’employeur ait à justifier l’absence de candidature sur place. Mais il existe plusieurs conditions, différentes selon l’origine géographique du travailleur étranger : les emplois « ouverts » sont précisés sur deux listes distinctes, publiées en annexe après avoir été dévoilées cet automne (« Les Echos » du 30 octobre et du 9 novembre).

Les ressortissants des pays de l’Union européenne soumis à des dispositions transitoires (Bulgarie, Estonie, Lettonie, Lituanie, Hongrie, Pologne, République tchèque, Roumanie, Slovaquie et Slovénie) sont les plus avantagés : ils ont accès à une liste de 150 métiers, pour beaucoup peu qualifiés (cuisinier, serveur, ouvrier du béton, « agent d’entretien », etc.), qui représente, selon le document ministériel, « 40 % du total des offres d’emploi enregistrées par l’ANPE en 2006 », soit près de 1,4 million de postes, et couvre « la presque totalité des domaines professionnels », soit 17 sur 22.

Dispositif labyrinthique

Pour les étrangers issus de pays tiers, c’est-à-dire hors Union européenne, la situation est sensiblement moins favorable. « En application du principe de préférence communautaire, la liste [qui leur est] ouverte est plus restreinte », peut-on lire dans la circulaire. Ils n’ont accès qu’à 30 métiers très qualifiés. Et encore, seuls 6 valent pour l’ensemble des régions de France métropolitaine (cadre de l’audit et du contrôle comptable, informaticien d’étude, informaticien expert, chargé d’études techniques du bâtiment, chef de chantier du BTP et conducteur de travaux du BTP), les autres variant en fonction des besoins des bassins d’emploi. Au total, cela correspond à environ 152.000 offres enregistrées à l’ANPE en 2006, soit une part de 4 % du marché du travail.

Les plus défavorisés en la matière sont, de loin, les Algériens et les Tunisiens, qui n’ont droit à aucune de ces dispositions. Alors qu’ils représentent près de 30 % des entrées permanentes en France, Paris semble vouloir compenser les dérogations dont ils bénéficient en matière de regroupement familial. Cela pourrait être mis dans la balance au moment d’une éventuelle renégociation des accords franco-algérien (27 décembre 1968) et franco-tunisien (17 mars 1988).

Enfin, le gouvernement réserve un sort particulier aux ressortissants de pays ayant signé des accords bilatéraux avec la France, comme c’est le cas du Sénégal, du Gabon et du Congo. Pour eux, des listes spécifiques « plus larges » peuvent être conclues. Ce dispositif labyrinthique vise à relancer l’immigration économique, dont Nicolas Sarkozy souhaite qu’elle représente 50 % des entrées (contre 7 % aujourd’hui). Reste à savoir combien de temps vont mettre les principaux intéressés – les étrangers et les employeurs – pour se l’approprier (la circulaire comporte pas moins de 33 pages).

CARINE FOUTEAU
28/12/2007
Source: http://www.lesechos.fr

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