France – Les étudiants d’HEC ne connaissent pas la crise

Les étudiants d’HEC ne connaissent pas la crise

Les 374 « petits nouveaux » de la prestigieuse grande école sont des privilégiés que la crise n’effraie pas. D’ailleurs, l’association des anciens n’a que peu ressenti le marasme économico-financier.

N’ayez pas peur ! » Sans se prendre pour Jean-Paul II, Bernard Ramanantsoa, le directeur général d’HEC, serait tenté d’adresser à ses très jeunes ouailles le même message que le successeur de saint Pierre lors des JMJ. Inutile d’ailleurs de trop marteler la chose, car les 374 « happy few » arrivés mi-septembre sur le vaste et verdoyant campus de Jouy-en-Josas ne semblent pas particulièrement inquiets face à la crise économique qui frappe tant d’autres jeunes, moins bien armés. « Nous serons diplômés dans quatre ans. D’ici là, on peut espérer que la reprise sera au rendez-vous ! Et puis, de toute façon, nous avons la chance d’avoir ce label HEC » , observe Aymeric Grange, dix-neuf ans, major de la nouvelle promo 2009-2013.

Tous ses condisciples sont plus ou moins sur la même longueur d’onde, même si la crise est bien présente dans les esprits. « HEC n’est pas un microcosme coupé du monde extérieur », souligne Marguerite Cazeneuve, admise en 2 année et présidente depuis avril du bureau des élèves (BDE), ce centre névralgique de la vie estudiantine. « Nous avons tous parmi nos proches des personnes qui ont connu des difficultés professionnelles, et tous les quotidiens sont disponibles le matin sur le campus. » Le ralentissement économique se ressent de façon plus concrète dans la vie associative, dans laquelle la plupart des élèves sont impliqués.

« Les entreprises ne sont plus prêtes à sponsoriser tout et n’importe quoi. La concurrence est rude entre les écoles, et entre les associations d’une même école. Il a fallu se démener pour trouver le parrain de la nouvelle promo », poursuit la présidente du BDE, pas peu fière d’avoir su convaincre la société SEB de délier les cordons de sa bourse. Décrocher un entretien avec un responsable et le persuader, malgré une conjoncture défavorable, de mettre la main à la poche constitue d’ailleurs pour tout HEC en herbe un exercice important, au moins aussi valorisé qu’un A ou un B à une épreuve de fiscalité internationale. L’ambiance sur le campus a donc bien changé depuis que les membres du Medef débattaient ici même, début septembre, de l’encadrement des bonus ou de la refonte du capitalisme.

Léger coup de froid
Les préoccupations des « petits nouveaux » sont plus immédiates : s’inscrire ou ne pas s’inscrire à l’examen en fin de 1 année permettant de décrocher le double diplôme HEC-Sciences po ? déposer un dossier pour tenter, au risque de se fermer d’autres portes, d’aller passer un semestre à Wharton (Philadelphie), à Keio (Tokyo) ou à la Freie (Berlin), trois des universités les plus prestigieuses avec lesquelles HEC dispose d’un programme d’échanges internationaux ? et, à un tout petit peu plus long terme, que faire de cette fameuse année de césure entre les 1 et 2 années ? un stage de longue durée ? une mission humanitaire ? un tour du monde ? On le voit, ces très bons élèves sont des privilégiés que la crise n’effraie pas. Certes, les HEC arrivés en fin de cursus en 2008 ont bien connu un coup de froid, surtout s’ils avaient opté pour la majeure « finance », la plus prisée de toutes, celle qui draine chaque année la crème de la crème.

Au coeur du maelström économico-financier qui bouleverse l’économie mondiale depuis la crise du « subprime » en 2007, les banques ont subitement fermé les vannes, comme elles l’avaient fait il y a sept ans après les années folles de la netéconomie. Les jeunes diplômés ont dû rester un peu plus longtemps que de coutume sur la case « stage ». Quant à leurs aînés, quelques-uns ont subi un accident de parcours qui les a parfois obligés à se réorienter vers le conseil ou « l’économie réelle ». Alain Nebout, qui s’occupe depuis une dizaine d’années du pôle carrières de l’association des anciens, a constaté entre mars et juillet une légère hausse (+ 15 %) du nombre d’entretiens individuels qu’il accorde chaque année à tel ou tel membre de la diaspora.

Voie royale

Mais le petit tsunami que d’aucuns à l’association redoutaient pour septembre ne s’est pas produit, le flux de demandes reprenant un cours normal. A l’école même, la majeure « finance », si elle a enregistré une très légère inflexion à la baisse de son nombre de postulants, n’a rien perdu de son prestige ni de son statut de voie royale. Et le mythe du banquier d’affaires faisant et défaisant les « deals » et encaissant des bonus faramineux reste toujours aussi vivace au sein de toute une catégorie d’élèves. Jacques Olivier, qui dirige le mastère finance et enseigne cette discipline aux élèves du programme grande école (ceux issus des prépas), ne se fait pas trop de mouron pour ses étudiants. « Après l’éclatement de la bulle Internet, 2002 et 2003 avaient été des années très mauvaises dans le secteur banque-finance. Mais 2004 fut la meilleure de la décennie. Tous ceux qui arrivèrent sur le marché du travail cette année-là n’eurent que l’embarras du choix. »

Reste que cet optimisme n’est pas du goût de tous ses collègues. Ainsi le sociologue Andreu Solé, qui donne un cours intitulé « Ethique et entreprise », regrette-t-il une certaine forme d’éternel retour : « On a vraiment le sentiment que, maintenant que la purge paraît finie ou presque, c’est de nouveau “business as usual”. C’est extrêmement préoccupant. »

YANN VERDO, Les Echos
[ 23/09/09 Les Echos ]
Pour en savoir plus – http://www.lesechos.fr

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