Grève des enseignants de l’Université de Ouagadougou : L’accalmie n’a été que de cour

Grève des enseignants de l’Université de Ouagadougou : L’accalmie n’a été que de courte durée

Le 2 février 2009, les enseignants-chercheurs ont suspendu leur mot de grève pour reprendre les cours. Tout le monde a poussé un ouf de soulagement. Le 23 mars 2009, un préavis de grève illimité débutant le 8 de ce mois a été adressé au président du Faso . Pourquoi un tel revirement ? A quelques jours de la grève, Sidwaya a approché le professeur Magloire Somé, secrétaire général du SYNADEC. Il donne les raisons de ce revirement.

Sidwaya (S) : Situez-nous sur vos points de revendication ?

Magloire Somé (M. S) : Nous avons déposé une plate-forme revendicative le 17 juillet 2007 et elle comportait trois points. Le premier point qui est le dernier à être traité concerne la revalorisation du statut de l’enseignant-chercheur. Le deuxième point porte sur les paiements de la dette sociale et le troisième point, la convocation d’assises pour un réaménagement des universités du Burkina. Depuis que nous avons engagé le mouvement, il y a un point qui a été satisfait. C’est celui du paiement de la dette sociale. Un point sur lequel nous n’avons pas voulu insister est celui de convoquer les assises pour relancer l’université. Nous avons laissé ce point au pouvoir discrétionnaire de l’autorité qui commande. Si elle veut, quelle le fasse, si elle veut qu’elle laisse, en tous les cas, les conséquences sont là. Ces conséquences sont entre autres la mauvaise gouvernance. Dans une institution comme celle de l’université, la question de la gouvernance est très importante.

Il y a trop de laxisme au niveau de l’administration, ce qui suppose que le travail n’est pas accompli et que l’autorité qui commande ne dispose pas d’assez de pouvoir pour rappeler les gens à l’ordre. A ce moment, on ne sait plus où se trouve le pouvoir au niveau de l’institution, ce qui crée un désordre. Il faut que chaque personne sache quels sont ses droits et ses devoirs. Dans la société, on n’a pas que des droits, on a aussi des devoirs et que chaque citoyen sache s’en tenir lorsqu’il manque à son devoir. Donc, c’est pour dire que sans assises, où on identifiera les problèmes et les solutions durables ? Il est évident que l’institution ne pourra pas bien fonctionner. Alors que le fonctionnement de l’institution est capital pour les missions qu’elle aura à accomplir. C’est pourquoi nous pensons que ces assises sont très importantes.

S. : Pourquoi le SYNADEC a accepté suspendre le mot d’ordre degrève alors que toutes ses revendications n’étaient pas satisfaites ?

M. S. : Une lutte a plusieurs étapes. La première étape est qu’on détermine les points de revendication. Après quoi, on approche l’autorité pour dialoguer afin de savoir si elle sera sensible à la résolution des problèmes. Si elle s’en charge et qu’elle prenne des décisions qui vont dans l’intérêt des travailleurs, à ce moment, il n’y a pas de lutte. Par contre, si l’autorité fait la sourde oreille, si elle n’est pas regardante vis-à- vis des préoccupations des travailleurs, ils engagent une lutte. La première étape de la lutte, c’est l’arrêt du travail, chose que nous avons faite.

Nous avons arrêté le travail pour une durée indéterminée. L’autorité a accepté faire un pas en avant en payant la dette sociale et en acceptant négocier avec nous parce que l’arrêt de travail avait été long. Il fallait de notre part un peu de souplesse. C’est ce qui explique la suspension du mot d’ordre de grève. Nous l’avons suspendu pour permettre aux négociations de se poursuivre dans un climat d’apaisement. Maintenant, étant donné qu’entre-temps, il y a eu un blocage, nous avons décidé de reprendre la grève. Les textes veulent qu’après avoir suspendu ou levé un mot d’ordre de grève, dès que vous voulez la reprendre, il faut nécessairement déposer un préavis et c’est pour cela que nous avons déposé le mot d’ordre à la date du 23 mars pour dire que nous reprenons la grève à partir du 8 avril à 00 heure si rien n’est fait.

S. : Vous avez eu une rencontre avec la délégation gouvernementale le jeudi 2 avril. Quelles sont les conclusions auxquelles vous êtes parvenus. A l’issue de la rencontre, le SYNADEC tient-il à aller en grève à partir du 8 avril ?

M. S. : Pour le moment, nous ne pouvons pas dire au public les conclusions auxquelles nous sommes parvenus. Tout ce que je peux dire, c’est que la partie gouvernementale nous écoute, elle fait des propositions sauf que ces propositions ne nous satisfont pas. La grève du 8 avril est maintenue. Nous allons en grève mais cela ne veut pas dire que nous rompons les négociations. Nous sommes disposés à reprendre les négociations. Pour lever le mot d’ordre, il faudrait que nous convoquions une assemblée générale au cours de laquelle la décision sera prise. Nous avons une assemblée générale la semaine prochaine, mais je ne crois pas qu’elle va se prononcer en faveur de la levée du mot d’ordre de grève tant qu’il n’y a pas d’accord signé entre le syndicat et le gouvernement.

S. : Ne craignez-vous pas une année blanche ?

M. S. : La lutte pour améliorer les conditions de vie et de travail est une question qui concerne à la fois l’institution et les acteurs de l’institution. Par conséquent, étant donné que c’est un problème d’une grande importante, tous les enseignants se sentent concernés, même si les méthodes de mobilisation divergent d’un syndicat à un autre. La majorité des enseignants se mobilise pour cette question. Le gouvernement doit prendre la mesure de la chose pour réagir vite et bien afin de satisfaire les enseignants, les mettre en confiance. Actuellement, les enseignants ne sont pas en confiance et cette fois-ci, c’est toutes les universités du Burkina Faso qui iront en grève.

Nous ne souhaitons pas une année blanche. Il appartient à la partie gouvernementale de mesurer l’enjeu de la question et de pouvoir prendre des mesures appropriées si toutefois nous voulons éviter une année blanche. L’année universitaire 2008-2009 peut aboutir, comme elle peut être compromise. Cela dépend de la diligence avec laquelle le gouvernement va traiter notre dossier. Si le dossier est bien traité, on peut finir l’année rapidement. Les enseignants savent se surpasser si on les met en confiance. Si le dossier est bien traité, nous allons rattraper l’année dans les conditions plus rapides que l’autorité gouvernementale et administrative ne l’aurait pensé. Je ne vois pas les choses en termes apocalyptiques.

S. : Est-ce que cette grève ne va pas affecter davantage les étudiants ?

M. S. : Les étudiants aussi grèvent tout en sachant qu’ils peuvent compromettre leur année. Quand ils grèvent, c’est pour une cause qu’ils trouvent juste. Nous également, nous grèvons pour une cause juste. Et il faut savoir que nous luttons pour les étudiants. Parce que si nos conditions de vie et de travail sont améliorées, cela va rendre attrayante la fonction de l’enseignant-chercheur. Chaque étudiant ou du moins certains étudiants aspirent à être un jour enseignants-chercheurs. C’est une lutte pour la postérité, parce que beaucoup de professeurs qui sont dans le mouvement, partent à la retraite d’ici à 2-3 ans. Je ne comprends pas si c’est parce que c’est à l’université qu’on parle des étudiants. Quelque part à l’hôpital, si le personnel grève et les malades meurent, est-ce qu’on se soucie d’eux ? Si les étudiants aussi grèvent, ils nous punissent, donc c’est réciproque. Il y a deux années de cela quand ils ont grévé, on a prolongé l’année universitaire et c’est sur nos congés que ça empiète.

S. : Votre mot à l’endroit de l’opinion publique

M. S. : Que l’opinion ne regarde pas le mouvement des enseignants-chercheurs comme un mouvement visant, par méchanceté, à compromettre l’avenir de leurs enfants. Nous ne faisons pas du marchandage avec l’autorité gouvernementale, nous exposons les réalités de l’enseignement ; supérieur et nous invitons l’autorité à prendre courageusement la décision de revaloriser le statut de l’enseignant-chercheur. Ça sera un pas vers l’amélioration du fonctionnement des universités, un pas vers l’accomplissement de la bonne mission qui leur est assignée dans la formation des cadres supérieurs de la Nation. Nous avons toujours eu un esprit patriotique, nous avons le sens du devoir bien accompli, si bien que nous avons œuvré à ce que l’Université de Ouagadougou soit classée parmi les meilleures université africaines.

Nous sommes la deuxième universités francophone après celle de Dakar. Face à cette situation, nous pensons que s’il y a une revalorisation du statut de l’enseignant, c’est un argument de plus pour que nous puissions donner le meilleur de nous-mêmes afin d’améliorer ce classement.

Propos recueillis par Rasmané SIMBRE (Stagiaire)

Sidwaya
6/4/2009

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