La France convoite ses voisins du Sud

Il faut croire que les politiciens savent bien s’arroger les avantages qui reviennent de droit aux pionniers du monde des affaires et de l’éducation. Lorsque le Président français, Nicolas Sarkozy, a dévoilé ses ambitions en faveur d’une Union méditerranéenne, il cherchait, en quelque sorte, un cadre institutionnel pour masquer une prospérité évidente.

Les voisins de l’Europe, au Sud, dotés d’une croissance plus rapide, représentent un eldorado économique que certaines sociétés et établissements d’enseignement traquent depuis des décennies.
Mais les mutations, les besoins et les habitudes semblent faire du Maghreb (Nord de l’Afrique) une région d’expansion prometteuse, que très peu d’écoles de commerce françaises se privent de convoiter.

Pour ces pays, l’Union méditerranéenne, un partenariat imaginé par l’Union européenne, offre l’ultime espoir d’accroître le financement de l’Etat. Seulement, à en croire le Professeur Jean-François Fiorina, qui dirige le groupe du Maghreb au sein de l’Association des grandes écoles françaises de gestion et de technologie, les subventions du gouvernement vaudraient à peine la cerise sur le gâteau, car soutient-il, « La quasi-totalité des écoles de commerce françaises entretiennent déjà des liens de toute sorte avec des établissements du Maghreb. »

Avec le ralentissement de la croissance en Europe, on note un intérêt de plus en plus croissant pour le continent africain. En avril dernier, l’Institut européen d’administration des affaires (Insead), installée à Fontainebleau, a lancé l’ « initiative africaine », dont l’objectif est d’attirer davantage de compétences et de curriculum africains dans les programmes de l’Insead, afin de tisser des liens de savoir avec les réseaux africains. De même, les professeurs de l’Ecole des hautes études commerciale (Hec) partent de Paris pour animer certains séminaires à l’Ecole Supérieure Algérienne des Affaires à Alger.

De plus, des écoles de commerce françaises s’impliquent déjà dans la création de campus, le développement de programmes communs ou l’établissement de liens de recherche dans le Maghreb. D’autres écoles, par contre, se servent d’institutions éducatives du nord de l’Afrique comme de « supermarchés » pour leurs courses.

Le facteur historique n’est pas à négliger. En effet, plusieurs pays du nord et de l’ouest de l’Afrique ont été des colonies ou des protectorats de la France. Et au cours des dernières décennies, l’immigration est venue remplacer la colonisation comme mécanisme d’établissement des relations entre la France et le Maghreb.

Outre l’immigration, l’essor des technologies et de l’entreprenariat joue également un rôle capital dans les galanteries que ne cessent de s’échanger Grenoble EM, l’école du Professeur Fiorina, où il dirige les programmes de commerce de troisième cycle, et d’importants partenaires du Maghreb. Premièrement, les compagnies françaises représentées en majorité en Afrique du Nord et de l’Ouest, ont procédé à une réduction constante du personnel expatrié impliqué dans leurs activités dans ces régions. Les populations locales dotées de compétences et de diplômes en français ont ainsi ressenti le besoin de s’investir dans l’expansion des compagnies.
Selon le Professeur Jacques Digout, chef des programmes pour le Maghreb au Groupe ESC-Ecole de commerce de Toulouse, les directeurs marocains, nantis de diplômes français reçoivent des salaires bien plus élevés, créant ainsi une forte demande pour ces cours.

En deuxième lieu, et plus récemment, il convient de considérer les progrès réalisés dans le domaine des communications, avec notamment des systèmes et services à large bande qui, pour une grande partie du Maroc, tutoient ceux de la France métropolitaine. La concurrence entre les compagnies aériennes influence également les relations académiques. Le Professeur Fiorina révèle à ce sujet que « le coût et la durée du vol Lyon – Casablanca sont moins importants que ceux d’un trajet Lyon – Paris en TGV. »

C’est évident ; Grenoble EM a l’équivalent d’un second campus à l’Ecole Supérieure du Commerce et des Affaires de Casablanca, où 300 étudiants suivent les programmes de Grenoble, qui fournit également le gros du personnel enseignant. Les deux écoles proposent un diplôme de masters unique en commerce et logistique industriels. Les deux écoles entretiennent une collaboration si étroite qu’elles mettent actuellement sur pied un système Internet commun, installé à Casablanca.

Par ailleurs, révèle le Prof Fiorina, le partenariat Esca est en train de donner naissance à un centre d’études commerciales à Casablanca, accessible à toute l’Afrique francophone. On note d’ailleurs un nombre croissant d’inscriptions provenant d’Afrique subsaharienne. Si les moyens financiers et les relations permettent à certains étudiants d’opter pour les mêmes cours aux USA et en Angleterre, d’où ils ne reviennent pas, il est possible pour des étudiants compétents, en quête de travail dans le Maghreb, de recevoir une formation à moindre coûts, accessible et appréciée des employeurs locaux..
La collaboration Grenoble/Esca englobe également la recherche sur l’impact de la technologie et de l’innovation sur les marchés émergents, ainsi qu’un partenariat avec l’Institut de technologie de Casablanca.

Grenoble EM entretient également des relations étroites avec l’Institut supérieur de gestion de Sousse en Tunisie, l’un des membres du groupe d’écoles de gestion du Maghreb qui travaille en collaboration avec Grenoble EM sur les questions d’entreprenariat et de développement international. Enfin, il faut compter avec la popularité des cours en ligne gratuits de Grenoble EM sur les Ressources pédagogiques ouvertes, dont 4.000 étudiants virtuels en gestion sont du Maghreb.

L’idée que le Maroc est l’endroit du Maghreb le plus apte à recevoir un Campus est largement partagée. Le Prof. Digout travaille ardemment au resserrement des relations que son école tisse depuis 1995.
ESC-Toulouse compte 116 étudiants répartis dans deux programmes de masters à temps partiel – marketing et contrôle de vérification/comptabilité, dont les cours sont dispensés sur un campus de la Chambre de commerce française de Casablanca au Maroc. La moitié de l’effectif enseignant est local et le reste vient d’autres campus d’ESC-Toulouse.

Le groupe des écoles de gestion de Toulouse attend l’approbation du Maroc pour offrir son programme de base pour grande école cette année, à Casablanca, qui sera sanctionné par un Masters en commerce. Pour le Prof. Digout, la croissance économique de Maroc, pressentie à 5,3% cette année, la stagnation annoncée de l’économie française et la capacité de nombreux étudiants potentiels à payer des programmes sur place font du Maroc un marché prometteur pour les études de commerce.
ESC-Toulouse apporte également son soutien à la conception des programmes de l’Institut national de commerce d’Alger. Mais les efforts d’extension dans le Maghreb, seront concentrés à Casablanca, qui abritera le troisième campus ESC, après ceux de Toulouse et de Barcelone.
C’est dire que la création d’un campus dans le Maghreb est une véritable opportunité d’affaires. Cette initiative est également l’occasion de développer la nature multiculturelle des programmes offerts par l’école de Toulouse, affirme le Prof. Digout.

Thami Ghorfi, directeur de l’école de gestion Esca de Casablanca, pense que le Maroc est en voie de devenir un centre d’études commerciales ouvert à l’Afrique du Nord et de l’Ouest.

Les ambitions de l’Esca dans ce sens, l’ont amenée à nouer des relations de partenariat avec plus de 12 écoles de commerce dans le monde. Le contexte international est important, assure M. Ghorfi.
« Les compagnies du monde entier cherchent un moyen de collaboration avec les régions du Moyen-orient et de l’Afrique du Nord, avec les pays arabes et les pays musulmans. Le Maroc jouit d’un emplacement idéal, à l’extrémité ouest du monde arabe et à la frontière avec l’occident. »
« Nous avons l’occasion d’aider les étudiants et les cadres de direction des deux côtés de la frontière à mieux comprendre le fonctionnement de leurs marchés respectifs. »

M. Sarkozy et plusieurs enseignants de commerce français s’accordent sur le sujet.

Source: Financial Times

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *