Patrick Fandio: Grand reporter à TF1 (France)

Patrick Fandio: Grand reporter à TF1 (France)

Grand reporter à TF1, ce Camerounais de 34 ans a tout plaqué pour retourner vivre en Afrique. Et créer sa propre société de production, baptisée Impala.

Il avait tout. Tout ce dont un journaliste peut rêver. Un formidable job de reporter sur la chaîne la plus regardée de France, des voyages aux quatre coins du monde, la confiance totale de sa hiérarchie et un salaire que bien de ses confrères lui enviaient. Il a tout laissé tomber. Patrick Fandio va enfin faire ce dont il avait vraiment envie : retourner travailler en Afrique.

Attablé devant une bière à la terrasse d’un café lors d’un bref passage dans la capitale française, il prend visiblement plaisir à parler de lui et de son nouveau projet. Il n’a plus rien d’une star de la télé. Désormais, il est un jeune chef d’entreprise qui doit à nouveau faire ses preuves. Mais il a confiance, et ça se voit.

Depuis le mois de mars, ce Camerounais de 34 ans a mis les voiles et quitté TF1. Direction Johannesburg. Avec une équipe de quatre ou cinq permanents, il est en train de créer sa propre société de production, baptisée Impala. À partir de l’Afrique du Sud, il envisage de produire des reportages et des documentaires pour l’ensemble du continent. « J’ai toujours su qu’un jour je repartirais », explique-t-il. Il était établi en France depuis 1993.

Pendant les six premières semaines, il a réalisé une quinzaine de sujets. Le premier était consacré à la visite du pape au Cameroun. Un choix dicté par l’actualité, mais porteur d’une forte charge symbolique. Pour lui, c’était un retour aux sources. Patrick Fandio a grandi, pour l’essentiel, à Yaoundé, avant de rentrer avec ses parents au village, à Bangangte, à l’âge de 14 ans. « J’ai eu une enfance très heureuse, j’étais le petit dernier, surprotégé et chouchouté », raconte-t-il.

Ce n’est que vers l’âge de 10 ans qu’il comprend que ceux qu’il considère comme ses parents sont en réalité ses grands-parents. On lui explique alors, avec les mots qu’il faut, la mort de sa mère et de son père dans des circonstances qu’il préfère garder pour lui.

Quand il passe son bac, ses « parents » sont déjà des retraités. Son grand-père, qui est de la « génération des bâtisseurs », est diplômé de l’Institut des études d’outre-mer, à Paris. Il a été directeur de cabinet de John Ngu Foncha, vice-président et Premier ministre de l’État fédéré du Cameroun occidental, mais aussi premier consul du Cameroun en France.

Tous les enfants de la famille ont fait de bonnes études. Il ne déroge pas à la règle, même s’il se fait virer pour avoir lancé un appel à la grève, puis rate, une fois, son bac. Nous sommes en 1993. Au Cameroun, l’université est perturbée par des mouvements de grève. On parle d’année blanche. Ses grands-parents décident de l’envoyer étudier en France et, pour cela, « font des sacrifices énormes ». Sa « grande sœur », en réalité une tante médecin, contribuera des années durant à sa formation, qui commence à l’université de Nancy, en Lorraine.

« Une arrivée catastrophique, se souvient-il. Je ne connaissais personne, il faisait gris et froid, je devais squatter chez des gens que je ne connaissais pas. » La vérité est qu’il ne s’est jamais vraiment acclimaté en France.

Après sa licence en communication, il veut une formation « plus concrète et plus pro ». Il n’a pas les moyens de se présenter, comme le font les autres, aux concours de plusieurs écoles de journalisme. Il n’en passe qu’un, celui du Celsa (école de communication dépendant de la Sorbonne). Il y a une petite vingtaine de places pour plus de mille postulants. Il est admis.

Son diplôme en poche, Fandio veut faire de la radio. Pas n’importe laquelle, celle des Africains, Radio France Internationale. Il tente d’obtenir la bourse annuelle qu’offre la « radio mondiale » aux étudiants en journalisme. Une fois n’est pas coutume, il échoue. Un de ses profs, Rachid Arhab, qui travaille alors à France 2, le pousse à présenter sa candidature… et lui donne un petit coup de pouce, souvent si précieux en début de carrière.

Nous sommes en 1998 et, dans l’audiovisuel, il n’est pas encore question de « diversité ». « Patrick a progressé comme n’importe quel jeune journaliste », se souvient Pascal Doucet-Bon, l’un de ses supérieurs de l’époque. S’il a réussi, ce n’est pas parce qu’il était noir, mais parce qu’il « apprenait avec une vitesse déconcertante ». « Des gars comme lui, je n’en ai pas vu souvent », ajoute Doucet-Bon.

À France 2, il parcourt le pays en tous sens et fait ses armes de reporter. Surviennent les attentats du 11 Septembre. Il a 26 ans et se retrouve propulsé dans les coins les plus chauds de la planète. En Irak, notamment.

« C’était drôle de voir la réaction des gens sur le terrain. Un journaliste noir en zone de guerre, il n’y en a pas beaucoup. Et un journaliste noir filmé par un caméraman blanc, encore moins. Au début, en Irak, j’étais un peu une curiosité », se souvient Fandio.

Mais sa carrière, il le maintient, ne doit rien à la discrimination positive. « Je refuse de me polluer l’esprit avec des questions de minorité à l’écran », insiste-t-il. Cela ne l’empêche pas de relever que, pendant dix ans, il a été le seul Noir du journal télévisé. « Si on le veut vraiment, il est parfaitement possible de dénicher d’autres journalistes noirs expérimentés, doués, ou même, pourquoi pas, médiocres, comme il en existe dans toutes les rédactions. La vraie égalité, ce sera quand nous aurons aussi le droit d’être moyens », plaide-t-il.

Il n’empêche : quand, en 2003, TF1 entreprend de le courtiser, ce n’est pas seulement parce qu’il est très bon, mais aussi parce que « la diversité » à l’écran est devenue une politique. « TF1 lui proposait un salaire hallucinant sur lequel nous n’avons pu nous aligner », regrette son ancien collègue de France 2. « Être recruté au nom de la diversité, ce n’est pas être le Noir de service ! Patrick a toujours été perçu à TF1 comme un journaliste à part entière, avec du talent et des capacités. On lui a fait confiance », commente le présentateur Harry Roselmack, originaire de la Martinique. Pour Harry, Patrick est « un type simple, accessible, très spontané, sans calcul dans ses relations ».

En 2009, ce dernier décide pourtant de « rentrer » et choisit l’Afrique du Sud, parce que « ce pays nous a fait rêver pendant toute notre jeunesse », dit-il, mais aussi parce que c’est un carrefour africain, une plate-forme. Et puis c’est là que se déroulera en 2010 la Coupe du monde de foot… « Il fallait qu’il le fasse. C’est un choix de cœur, un choix de raison, un choix militant », estime Roselmack.

Comme Patrick, il pense que si l’Afrique n’est pas très présente dans les médias audiovisuels français, c’est surtout une question d’offre : il n’y a pas assez de reportages montrant autre chose que des crises. « Je souhaite que les Africains racontent eux-mêmes leur histoire au monde », confie Fandio. Mais cette fois, il ne s’agira pas seulement d’être un bon journaliste. Pour réussir son pari, il lui faudra aussi faire la preuve de ses capacités de manager et de chef d’entreprise. Et ça, c’est une autre affaire.

Par Fabienne Pompey
03/08/2009
Jeune Afrique

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