Plus de 20 milliards de FCFA transférés chaque année

Plus de 20 milliards de FCFA transférés chaque année
La diaspora burkinabè
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Derrière les murs barricadés de l’ambassade des Etats-Unis au Burkina Faso se cache le Conseil supérieur des Burkinabè de l’étranger (CSBE), une structure mise en place par l’Etat pour s’occuper spécialement de la diaspora burkinabè. Regard sur les Burkinabè de l’étranger, les structures qui les accompagnent et la contribution de cette diaspora au développement du pays des Hommes intègres.

Qui des douze millions d’âmes du Burkina Faso peut jeter une pierre à la diaspora burkinabè ? Si ce n’est pas un membre de la famille nucléaire, c’est celui de la famille élargie qui se trouve au-delà des océans ou hors des frontières du pays. Nombreux donc sont les Burkinabè vivant à l’étranger, car comme le fait remarquer, Alfred Sauvy : "Si les richesses ne vont pas où sont les hommes, les hommes iront où sont les richesses".

Enclavé et pauvre, le Burkina Faso fait partie des principaux pays d’émigration de l’Afrique occidentale (Mali, Niger, Burkina Faso, Mauritanie). Aujourd’hui, on ne dispose d’aucun chiffre officiel et exact sur la diaspora burkinabè. Officieusement, on estime que six (6) à sept (7) millions de Burkinabè vivent à l’étranger.

L’émigration burkinabè vers les pays occidentaux est nettement plus récente que celle vers l’intérieur de l’Afrique.

Quelques pays d’accueil

En Afrique, la Côte d’Ivoire du fait de l’histoire et de la géographie est le premier pays d’accueil des Burkinabè. Selon le recensement général de la population et de l’habitation de la Côte d’Ivoire de novembre 1998, le Burkina Faso comptait 2 238 548 de ses compatriotes dans le pays de feu Félix Houphouët Boigny. Les ressortissants burkinabè se rencontrent principalement dans les villes d’Abidjan, de Bouaké et surtout dans la région de Soubré. Mais depuis les affrontements de Tabou entre autochtones et migrants en 1999 et le déclenchement de la crise militaire de septembre 2002, de milliers de ressortissants burkinabè ont regagné le bercail. D’autres par contre considèrent toujours la Côte d’Ivoire comme un eldorado où il faut absolument demeurer. Le Ghana et le Niger se situent en deuxième position avec chacun 1 500 000 ressortissants burkinabè. D’autres pays de l’Afrique tels le Sénégal et le Mali accueillent chacun 600 000 Burkinabè. Le recensement de 2004 du consulat honoraire du Burkina Faso au Gabon a dénombre 7 000 Burkinabè dans ce pays. Le Soudan en compte quant à lui 15 000.

Du côté de l’Europe, ce sont la France (2 280), l’Italie (1 263), l’Allemagne (1 172) et la Suisse (118) qui sont les pays de choix des Burkinabè au 1er janvier 1998 (cf. Eurostat, 1999).

L’émigration burkinabè qui a connu un regain ces dernières années va aussi se diriger en Amérique du Nord, c’est-à-dire au Canada et aux Etats-Unis. 4 905 Burkinabè y séjournent régulièrement (cf. INS, immigration statiscal yearbook, 2000). En Asie, l’Arabie Saoudite est considérée comme l’un des pays de destination des migrants burkinabè. Pour des déterminants économiques, socioculturels, idéologiques, politiques, religieux ou climatiques, nombre de Burkinabè se trouvent à l’étranger.

Ils y mènent diverses activités allant de l’enseignement au commerce en passant par la médecine, la restauration, l’agriculture, etc. Mais que font-ils pour leur pays d’origine le Burkina Faso ?

Contribution des émigrés au développement du Burkina

L’émigration n’est pas forcément synonyme de perte pour le pays d’origine. Les travailleurs immigrés envoient en effet une partie de leurs salaires à leurs familles restées au pays. Si en 1986, on évaluait les transferts de revenus des Burkinabè de l’étranger à 150 millions de dollars US, environ 10 milliards 50 millions, aujourd’hui, ces transferts sont estimés à 20 milliards de FCFA par an. Somme peu colossale par rapport à ce qui est fait dans d’autres pays tels le Sénégal, le Mali ou le Cap Vert où les transferts s’élèvent à hauteur de pluseiurs dizaines de milliards de francs. Des transferts servant à la réalisation d’investissement dans les domaines du commerce, du bâtiment, des transports et de l’agriculture. Un simple tour du côté des gros villages de Garango, Niaogo ou de Béguédo dans la province du Boulgou permet de se rendre compte de la réalité de la participation des Burkinabè de l’étranger au développement de leur pays d’origine. Autrefois peuplés de cases et de multiples greniers en banco, Garango, Niaogo et Béguédo sont aujourd’hui des exemples de développement local grâce au travail de leurs ressortissants vivant en Italie ou ailleurs.

Pour accompagner la diaspora burkinabè, l’Etat a mis en place un certain nombre de structures. C’est le cas du Conseil supérieur des Burkinabè de l’étranger. Il a pour mission de protéger et d’assister les compatriotes en difficultés, de renouveler leurs passeports et autres documents administratifs et surtout d’inciter la diaspora à investir au pays dans de meilleures conditions. Aujourd’hui, le Conseil supérieur des Burkinabè de l’étranger envisage la mise en œuvre du projet Migration internationale pour le développement en Afrique (MIDA/Burkina). Un projet conçu en collaboration avec l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) et qui consiste à recenser l’expertise au sein de la diaspora afraicaine pour la mettre en œuvre sur le continent noir. Des médecins, des enseignants ou autres migrants burkinabè pourront dans ce cadre venir de temps à autre metttre leur expertise au service de la nation sans pour autant perdre leurs emplois à l’étranger.

Cependant quelques difficultés entravent la réalisation des missions et des ambitions du Conseil supérieur des Burkinabè de l’étranger. Il s’agit essentiellement des problèmes de matériels et de finances. Chargé d’effectuer des missions consulaires chaque année afin de livrer aux compatriotes les documents dont ils ont besoin, le CSBE n’a, par exemple, pu effectuer en 2004 que deux (2) missions sur les six (6) qui étaient prévues. Ces deux missions ont permis au CSBE d’aller au Ghana, au Bénin et au Togo. "Si on arrivait à couvrir chaque année au moins quatre pays, ce serait une avancée dans la gestion de nos compatriotes. Mon souhait est qu’on arrive un jour à constituer un lobby burkinabè à l’extérieur", déclare le secrétaire permanent du CSBE, M. Mamadou Sangaré.

Aux difficultés financières se greffent des problèmes matériels. Le manque de matériel pour la gestion de l’information est une autre réalité du CSBE. Or, comme le souligne M. Mamadou Sangaré, "on ne peut bien gérer une chose que si on la connaît". Dans le cas de la diaspora burkinabè, il y a nécessité d’avoir une photographie réelle de la situation. La création par exemple d’un site web de la diapsora permettrait sans doute de donner et de recevoir la bonne information à travers les ambassades les consulats et consulats honoraires du Burkina.

Les investissements immobiliers et transferts de fonds

Dans le domaine immobilier, deux structures, en l’occurrence le Centre de gestion des cités (CEGECI) et la Société nationale d’aménagement des terrains urbains (SONATUR) offrent des possibilités à la diaspora burkinabè.

Etablissement public de l’Etat, le CEGECI placé sous la double tutelle du ministère des Infrastructures, des Transports et de l’Habitat et de celui des Finances et du Budget, a l’obligation d’encourager la tranche émigrée de la population à soutenir le développement économique du pays à travers un investissement immobilier.

Pour ce faire, le CEGECI s’est engagé à mettre à la disposition des compatriotes vivant à l’étranger un cadre d’investissement à travers son Projet diaspora investir au pays (PDIP). Le projet offre aux Burkinabè de l’étranger les possibilités suivantes : achat d’une villa économique déjà construite par la CEGECI, construction d’une maison dans son village, construction et mise en location. Et pour garantir le bon déroulement de cette opération, le directeur général de CEGECI, M. Bruno Djiguemdé déclare que sa structure est en partenariat avec certaines banques de la place. En outre, dans le but de faire connaître ce produit à la diaspora, le directeur général rassure qu’un certain nombre de dispositions ont été prises parmi lesquelles, la création d’un site internet qui permet de présenter et de faire de la publicité autour des activités du centre, l’élaboration d’une brochure comme support d’information destiné aux ambassades et consulats burkinabè. Enfin, cite-t-on l’organisation de missions pour expliquer, convaincre et rassurer cette frange de la population, des facilités, des garanties et la sécurité qu’offre le CEGECI. En terme d’investissement immobilier, le CEGECI compte à son actif au bénéfice de la diaspora 50 villas à la cité An 4 A, sis Avenue Kwamé N’Krumah, de type F V c’est-à-dire comportant chacune 4 chambres, un salon deux salles d’eau, une cuisine interne, le tout carrelé et vitré, plus un garage couvert. Une douzaine de villas de type FIV sont aussi à comptabiliser à la cité An III et appartiennent également à des compatriotes vivant à l’étranger (villas N°199 à 210). Dans d’autres villes du Burkina Faso, telle Bobo-Dioulasso, des villas ont été construites pour répondre aux besoins de la diaspora.

Un projet de construction de 185 logements de type FIII (2 chambres, 1 salon, une cuisine, une salle d’eau) est actuellement en cours dans le quartier de Ouaga 2000. Ces 185 logements en construction ont été attribués à des burkinabè pour la plupart vivant à l’étranger. Au niveau du CEGECI, forte est la demande de logements formulée par la diaspora. "Nous ne pouvons pas satisfaire les demandes. Ce qu’il y a à faire, c’est de trouver un autre site et de mettre en œuvre un nouveau projet de construction de logements" , explique M. Bruno Djiguemdé. Celui-ci fait savoir par ailleurs qu’en dehors des zones exclusivement réservées aux Burkinabè de l’étranger (Cité AN IV A) et les 12 villas de la cité AN III, les demandes des Burkinabè expatriés sont enregistrées et gérées au même titre que celles des Burkinabè locaux si bien qu’il est pratiquement difficile de dénombrer le nombre total de demande exprimées et le pourcentage de celles satisfaites.

Du côté de la SONATUR

Une autre structure qui appuie le gouvernement en matière de promotion immobilière est la SONATUR. Ses actions sont actuellement centrées sur l’aménagement et la viabilisation des parcelles en milieu urbain, même si elle envisage élargir ses activités vers les communes rurales. Depuis 2000, la SONATUR a adressé des fax aux ambassades burkinabè pour faire connaître ses produits aux Burkinabè de l’étranger. "Des compatriotes vivant au Mali, en Côte d’Ivoire, au Gabon, en Europe, aux Etats-Unis, au Canada…ont déjà bénéficié des parcelles viabilisées" , révèle Mme Korotimi Ouédraogo, directrice commerciale de la SONATUR. Du côté de la SONATUR, on distingue trois types de zones (A, B, C) qui indiquent chacune le niveau d’aménagement de ses parcelles. La zone A regroupe les parcelles dont le niveau d’aménagement est le plus élevé. Toutes les commodités y existent (eau, électricité, téléphone, caniveaux, voies bitumées). Dans cette zone, le mètre carré qui se vendait à 12 000 FCFA est passé à 14 000 FCFA pour les constructions à usage d’habitation.

Les Burkinabè de l’étranger sont la plupart du temps, intéressés par ce type de zone et demandent le plus souvent des parcelles de 1000 m2 et même au-delà, selon la directrice commerciale. En terme de chiffre, plus de 500 Burkinabè de la diaspora ont sollicité les services de la SONATUR au cours de l’année 2004.

"Depuis maintenant deux ans, nous constatons qu’il y a engouement en matière de demande de parcelles et nous avons des difficultés à satisfaire cette demande. Mais avec la nouvelle option qui consiste en la réalisation de parcelles moins coûteux dans les départements, nous espérons pouvoir donner satisfaction aux demandeurs" explique Mme Korotimi Ouédraogo. Cet engouement, selon les responsables de la SONATUR pourrait s’expliquer d’une part par le déclenchement de la crise en Côte d’Ivoire avec le retour massif de Burkinabè au bercail et d’autre part, par la simplicité des dossiers de demande de parcelles (deux photocopies légalisées de la carte d’identité, des fiches de demande disponibles à la SONATUR et enfin un timbre de 300 F). Toutefois, la SONATUR procède au retrait de la parcelle lorsque le délai d’un an de versement de l’acompte est dépassé.

En ce qui concerne les transferts de fonds, il est difficile à l’heure actuelle de l’évaluer avec exactitude. Car, ils se font à travers les différentes banques de la place (BIB, BACB, Ecobank…), les caisses d’épargnes, la poste qui observent des secrets bancaires sur les chiffres et surtout par la voie traditionnelle (commissions). Il est cependant évident que les investissements de la diaspora burkinabè sont importants pour le développement du Burkina. C’est pourquoi, il semble nécessaire d’envisager l’organisation d’un forum de la diaspora burkinabè comme l’a fait le Mali il ya quelques années afin d’inciter davantage cette couche de la population burkinabè à investir au pays. Les ambassades, les consulats et même des associations comme le Tocsin pourraient être d’un apport à la réussite de ce forum, forum dont l’objectif majeur pourrait être la réorganisation de la gestion des Burkinabè de l’étranger.

Enok KINDO
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