Burkina-Faso: Les étudiants et les soldats continuent à se révolter

OUAGADOUGOU, Burkina Faso — Des étudiants ont brûlé le siège du parti au pouvoir et la résidence du premier ministre du Burkina Faso, lundi, alors que les soldats continuaient à se révolter aux quatre coins du pays.

Le président Blaise Compaoré avait annoncé vendredi la dissolution du gouvernement ainsi que la nomination d'un nouveau chef d'état-major des armées et un nouveau chef de la sécurité présidentielle.

Ces mesures n'ont toutefois par réussi à apaiser le mécontement dans ce pays pauvre et sans littoral de l'Afrique de l'Ouest qui semble en partie inspiré des soulèvements dans le monde arabe.

La mutinerie des soldats a commencé jeudi soir dernier dans le complexe présidentiel à Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso, lorsque des gardes du président Compaoré se sont mis à tirer en l'air en réclamant leur indemnité de logement.

Durant le week-end, plusieurs soldats du reste du pays ont emboîté le pas à leurs collègues de la capitale. Ces derniers ont retrouvé leur calme qu'une fois leur paie reçue.

Anatole Kiema, qui enseigne la grammaire à Kaya, au nord d'Ouagadougou, a affirmé lundi que les écoles de la région étaient restées fermées parce que des soldats avaient passé une partie de la nuit de dimanche à lundi à manifester en tirant en l'air.

«Un vent de panique soufflait dans la ville et nous avons suspendu les cours par mesure de sécurité», a raconté M. Kiema.

Tassere Koanda, qui réside à Tenkodogo, à l'est de la capitale, a pour sa part déclaré que des soldats avaient volé des téléphones cellulaires et exigé des consommations gratuites dans les bars. Ils ont tiré en l'air pendant des heures dimanche soir avant de retourner à leur caserne.

Les troubles font rage au Burkina Faso depuis la fin de février alors que des étudiants avaient protesté contre la mort d'un jeune homme détenu par les autorités.

Le gouvernement soutenait qu'il avait succombé à une méningite mais les rumeurs voulant que le disparu avait été maltraité avaient donné lieu à des manifestations durant lesquelles six personnes avaient été tuées et plusieurs immeubles incendiés.

Lundi, l'agitation a repris de plus belle alors que les étudiants ont mis le feu à d'autres bâtiments à Koudougou, ville qui avait été le théâtre des précédentes contestations.

Le gouvernement a fait savoir lundi soir qu'il avait nommé un nouveau premier ministre, soit Luc Adolphe Tiao, un proche collaborateur du président et actuel ambassadeur du Burkina Faso en France.

Rien n'indique que la mutinerie militaire et la révolte estudiantine sont coordonnées mais, mises ensemble, elles constituent la plus importante manifestation contre le régime de Compaoré depuis une dizaine d'années.

Ancien capitaine, Blaise Compaoré a conquis le pouvoir en 1987 après un sanglant coup d'État durant lequel Thomas Sankara, le premier président du Burkina Faso, a été tué. Depuis, il a remporté plusieurs élections, dont celles de novembre dernier. L'opposition affirme que le scrutin était truqué.

De Brahima Ouedraogo, Carley Petesch, The Associated Pres

18/04/2011

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