Togo : Quel avenir pour les étudiants ?

(AfriSCOOP Lomé) — La période “d’essai” du système Lmd (Licence- Master- Doctorat) est à sa deuxième année dans les Universités togolaises (Ul, Université de Lomé et Uk, Université de Kara). A Lomé, il ne s’écoule pas une semaine sans que ceux qui sont censés être les premiers bénéficiaires de ce système d’études (les étudiants) ne grincent les dents. Au moment où le fil du dialogue semble avoir été rompu entre autorités universitaires et le Meet (Mouvement pour l’épanouissement des étudiants du Togo) qui se présente comme l’entité la plus représentative des étudiants, quel crédit doit-on accorder à la formation qu’offre le Lmd made in Togo ?

Récriminer contre leur quotidien, leurs conditions d’études ou encore contre les faibles débouchés qui s’offrent à eux à l’issue de leur formation. Ce sont les plaintes qui reviennent généralement dans la bouche des étudiants togolais ; au point de devenir des complaintes. Pourtant, l’ensemble des acteurs du monde universitaire togolais ne semble pas du tout pressé de trouver des solutions consensuelles aux maux qui minent le Lmd au Togo. Koffi Ahadzi-Nonou, président de l’Ul, nous a même confié, le 27 janvier dernier (à la faveur de l’ouverture d’un séminaire de deux jours portant sur « le Lmd dans les universités togolaises ») que le Togo est le meilleur élève, en terme d’application de ce système éducatif, en Afrique de l’ouest. Pourtant, une litanie de griefs reste soulevée contre l’application de cette conception des études universitaires…

Dans le cadre d’une conférence-débat organisée, le 11 mars dernier, pour marquer le 20ème anniversaire de « l’éveil de l’étudiant togolais » (allusion à une somme d’actions revendicatives décisives menées à partir de cette date par de jeunes togolais), le Meet a soulevé une litanie de maux. Le bilan des 20 ans des acquis de « l’éveil de l’étudiant togolais » n’est guère satisfaisant, a expliqué Adou Seibou, président du Meet, pour planter le décor. Depuis cette date, a-t-il poursuivi, les conditions d’études se sont dégradées d’une manière générale. Un lot de maux auxquels on peut ajouter l’inadaptation du système Lmd aux actuelles réalités estudiantines togolaises, a encore cité M. Seibou. Sur cette base, le premier responsable du Meet a lancé un appel à la mobilisation de ses collègues pour obtenir l’amélioration substantielle du quotidien des étudiants. A. Seibou a par ailleurs confié, au cours de la grand-messe estudiantine sus-mentionnée : « Il est temps de faire la part des responsabilités. Les promesses des négociations du Meet avec les autorités (universitaires) en 2006 ne sont pas tenues. Elles sont nombreuses. Il n’y a pas de salut pour un esclave volontaire ».

Des propos que battent indirectement en brèche le Came (Collectif des associations et mouvements estudiantins) qui comprend quatre composantes. Il s’agit du célèbre Hacame (Haut conseil de coordination des associations et mouvements estudiantins), de la Festo (Fédération des étudiants et scolaires du Togo), de la Litesse (Ligue togolaise des étudiants et scolaires pour le soutien à l’éducation) et de l’Ueto (Union des étudiants du Togo). Lors du séminaire du 11 mars dernier organisé le Came, avec l’onction des autorités universitaires, Magnim Pogbo-Pali, le porte-parole de ce Collectif a déclaré avec optimisme : « Après quelques années d’expérience du système Lmd dans des conditions extrêmement difficiles connues de tous, nous disons que l’heure n’est plus au choix entre l’accepter ou le refuser. C’est pourquoi il est impérieux pour nous de chercher à mieux le comprendre pour trouver les voies et moyens afin de le faire réussir, pour la gloire de notre système éducatif ».

Des divisions loin d’être le lot des étudiants

« Depuis un bon moment, le climat de sérénité qui a prévalu sur le campus de Lomé, nous a permis de bénéficier de plusieurs actions du gouvernement. Cette année, nous avons été entendus dans nos démarches pour vous assurer les meilleures conditions de travail, comme en témoigne l’engagement du Président de la République et du gouvernement de doter notre Université d’un Amphi de 1.500 places, d’un bloc pédagogique de 2.500 places, de l’installation du Wifi sur le campus, d’un cybercafé, etc. », explique sans détours Koffi Ahadzi-Nonou, en parlant du Lmd et de la première citadelle de l’intelligentsia togolaise (Ul). Tout en tempérant l’ampleur des difficultés qu’implique ce système : « Il est tout à fait normal que des étudiants ou enseignants habitués au système classique, soient réticents quant à leur accommodation à la nouvelle norme universitaire. Mais le hic, c’est que nous sommes dans l’obligation de tourner cette page pour permettre à nos étudiants de se conformer (ndlr : à des standards internationaux) et de tenir sur le marché international de l’emploi. Ce, pour l’émergence de notre pays et nous y attelons ».

« Le constat qui s’impose est que l’Etat n’est pas en mesure de faire appliquer le Lmd, tant au niveau des infrastructures que de l’encadrement. En la matière, l’improvisation ne paie pas. En effet, une question s’impose à l’esprit cartésien : le régime en place possède-t-il un projet de développement à long terme (2025-2050) pour le Togo ? Non. Or, il se fait que la conception de tout système d’enseignement s’élabore en fonction des exigences d’un projet de développement », confie Ayayi Apedo-Amah (enseignant-chercheur dans les Universités togolaises) quand on l’interroge sur les problèmes que soulève la mise en branle du Lmd au Togo. Des constats que renforcent les propos de Pr Komi Paulin Wolou des Facultés de droit du Togo : « Les moyens logistiques qui doivent accompagner le Lmd tardent à venir. Si nous n’y prenons garde, l’Université risque de connaître un recul grave ».

Que faire devant cette série de tirs croisés ?

« Les conditions (d’études) sont difficiles mais les étudiants togolais doivent continuer à se battre, à chercher la culture de l’excellence ! Le temps viendra où on aura besoin de vos talents intellectuels (…) L’Université doit servir à l’épanouissement des hommes. Si vous réussissez, le Togo évitera l’obscurantisme demain », a conseillé Me Jean Degli (ancien ministre des Droits de l’Homme au Togo et animateur de mouvements estudiantins) à ses jeunes compatriotes. C’était lors des grandes retrouvailles estudiantines orchestrées par le Meet, le 11 mars dernier.

Jean Bertin Amegan (président de l’Organisation des Nouveaux Droits de l’Homme) s’est de son côté étonné devant l’immobilisme des étudiants togolais : « Nous sommes scandalisés par le silence des étudiants devant la dégradation de leur quotidien. Ils sont les seuls à pouvoir prendre leur destin en main ». Car, dira Jean Kissi (secrétaire national du Car et rapporteur de la Commission universitaire lors de la Conférence nationale de 1991) au cours de la conférence initiée par le Meet, début mars : « Nos conditions de vie universitaire étaient meilleures à ce que vivent aujourd’hui les jeunes togolais. Il n’existe même plus de bourses. Les cités universitaires sont bondées ! Pire, on interdit les réunions des étudiants sur le campus. Il est temps de dire aux autorités togolaises qu’elles ne peuvent plus abêtir leurs étudiants ! Lorsqu’on n’entretient pas les étudiants dans un pays, on aboutit à une explosion sociale qu’on ne peut pas contrôler ».

Une donne essentielle dissuade de nos jours les étudiants togolais à donner véritablement dans les revendications. Il s’agit du continuel rajeunissement de la population des Universités du Togo. Une population à laquelle les parents n’ont de cesse de répéter : « Rentrez à la maison dès que le mercure monte sur le campus » ! Faut-il militer pour l’intégrité physique de ses enfants quand ils ne sont pas sûrs d’être bien formés et d’avoir accès à un emploi bien rémunéré ? « Si vous avez peur, vous resterez dans votre peur et vous n’aurez rien. Il faut, en tant qu’intellectuel, tirer les conséquences des choses », dit Me Degli aux locataires des amphithéâtres sur le sujet. Devant cet écheveau de maux, la solution la plus plausible et rapide semble être une union du corps professoral pour dénoncer collégialement l’environnement de l’application du Lmd au Togo. Et par contrecoup, leur quotidien qui n’est guère reluisant voici belle lurette. Parce que les vocations tarissent pour intégrer le corps professoral des Universités du Togo, une mobilisation unanime de ces enseignants ne peut que faire fléchir les autorités togolaises ! Mais voilà ; tout comme dans d’autres secteurs de la société togolaise, la division devant l’ennemi commun est la chose la mieux partagée sur « la Terre de nos aïeux ». La paupérisation de plus de la moitié de la population togolaise depuis plusieurs décennies, avec comme corollaires une recherche effrénée de la moindre occasion pour monter dans l’ascenseur social le plus injuste est encore passée par là. Politique : quand tu tiens les Togolais. « Tous nos efforts sont vains s’ils ne concourent pas à offrir de meilleures perspectives à notre jeunesse », avait pourtant promis Faure Gnassingbé, dans son adresse de fin d’année 2010 aux Togolais !!

« A l’Université d’Abomey-Calavi (Bénin), les meilleurs étudiants sont généralement des Togolais. Figurez-vous que ces apprenants sont habituellement des gens qui ont été recalés dans les Universités togolaises », témoigne un étudiant togolais vivant dans l’ex Dahomey. Des faits et gestes, déclarations et témoignages qui donnent une photographie de la complexité des difficultés à abattre pour créer une autre “ère” du Lmd au Togo…

Source: www.afriscoop.net

21/04/2011

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