ADEA 2012 : les jeunes exigent des réformes !

La jeunesse est une importante ressource pour le développement de l’Afrique. Mais à voir les difficultés de formation, d’éducation et d’emploi auxquelles font face les jeunes Africains, on se demande si notre continent peut vraiment s’appuyer sur sa jeunesse pour son émergence.

Par Razzack Saïzonou, à Ouagadougou (Burkina Faso)

Il est vrai que depuis quelques années des efforts sont faits dans nos pays pour résorber les problèmes de la jeunesse, mais celle-ci reste sur sa faim, car vivant toujours dans la précarité. Face à une situation qui perdure, les jeunes Africains ont décidé de se donner de la voix en exigeant des solutions concrètes des dirigeants de nos pays.

Mobilisation et revendications !
Après le forum des jeunes Africains de novembre 2011 à Rabat, au Maroc, la jeunesse africaine s’est invitée à la triennale 2012 de l’Association pour le Développement de l’Education en Afrique (ADEA), tenue à Ouagadougou, au Burkina Faso, du 12 au 17 février 2012. Et ce, pour se faire entendre, faire connaître ses réels problèmes et exiger des résolutions concrètes.

"Nous sommes à la triennale 2012 pour faire écho de la voix des jeunes d’Afrique, prendre notre destin en main et partager nos expériences en tant que jeunes travailleurs, leaders, étudiants et jeunes non-scolarisés du continent", déclarait Marie Tamoifo du Cameroun, ancienne présidente des jeunes d’Afrique. "Le développement de la jeunesse africaine nous passionne et nous souhaitons que des opportunités se multiplient sur le continent", précise-t-elle.

Pour ce faire et comme un seul homme, les jeunes Africains se mobilisent, s’organisent. Ils s’indignent contre ce qu’ils appellent "le formatage" et l’ "écrasement de l’imagination" opérés par les grandes écoles et universités. Ils se donnent la main pour "cultiver la flamme d’imagination et de folie". "Car, souligne Marie Tamoifo, il nous faut inventer maintenant de nouveaux modèles de l’avenir pour notre continent".

Pour la jeune présidente-fondatrice de "Jeunesse verte du Cameroun", les dirigeants africains doivent aider les jeunes du continent à trouver d’autres formes d’apprentissage.
A revenir aux principes fondamentaux, à l’histoire africaine, à l’éthique et aux valeurs africaines, aux traditions. Intégrer l’usage des nouvelles technologies et créer une autre forme d’intelligence.

Priorités !
De concertations en concertations, les jeunes ont pu dégager des priorités qui pourraient servir de fil conducteur que pourront suivre les décideurs de nos pays pour trouver des solutions adéquates aux problèmes de la jeunesse. Ces priorités s’articulent autour de cinq axes majeurs.

Premièrement : l’éducation, la formation et l’emploi doivent être placés au cœur de la vision de l’avenir de l’Afrique. L’élaboration de cette priorité est, pour les jeunes, la seule manière de « savoir d’où ils viennent, où ils sont, où ils iront, et sur cette base ils sauront comment jouer pleinement le rôle qui est le leur.

Deuxièmement : l’éducation et la formation sont des gages d’avenir qui permettraient à tous de devenir des agents de transformation économique et sociale. Il s’agit à ce niveau de reconnaître la capacité éducative de l’ensemble de la société, de reconnaître et de certifier les connaissances et compétences acquises quels que soient leurs modes d’acquisition.

Troisièmement : selon les jeunes, il n’y a pas de vraies réformes sans l’adoption d’une charte de gouvernance partenariale nationale, sous-régionale et régionale. Pour la jeunesse africaine, ce pacte partenarial doit se baser sur des valeurs de rigueur, d’équité et de transparence entre tous les acteurs. Tout en incluant les partenaires nationaux, le pacte doit évoluer vers une dimension sous-régionale et régionale.

Quatrièmement: Les réformes doivent permettre aux jeunes d’entrer dans l’ère de l’apprentissage tout au long de leur vie. La mise en œuvre de cette priorité suppose que les dispositifs existants offrent des possibilités d’accès réguliers aux jeunes qui sont hors système scolaire. Ce qui est loin d’être le cas. Or il n’y a pas de développement durable sans un système d’adaptation continue des compétences des jeunes aux évolutions en cours.

Cinquièmement : Il n’y a pas de réformes sérieuses et solides sans la prise en compte des valeurs culturelles et éthiques spécifiques de l’Afrique. Pour la jeunesse africaine, la culture, l’histoire et les langues africaines doivent être placées au cœur du développement de l’éducation et de la formation. Ce qui, selon leurs dires, leur permettra d’acquérir des compétences en lien étroit avec leur patrimoine spécifique.

Cette affirmation de la jeunesse africaine met en évidence l’idée selon laquelle l’entrée de l’Afrique dans le contexte de la mondialisation réussira à la seule condition que les jeunes du continent s’approprient leur histoire culturelle et sociale et en fassent une richesse de leur citoyenneté active dans un monde de plus en plus globalisé.

Autant de préoccupations que les jeunes Africains souhaiteraient voir placées au cœur des décisions politiques de nos gouvernements. De toute façon, les jeunes Africains semblent être à jamais décidés et déterminés à aller au bout du combat pour leur épanouissement. "Si la jeunesse n’a pas ce qu’elle réclame sagement pour son émancipation, eh bien elle sera obligée de l’arracher par la force", avertit Annick-Laure Tchuendem, jeune leader du Cameroun.

http://www.rnw.nl/afrique/article/adea-2012-les-jeunes-exigent-des-r%C3%A9formes

16/02/2012

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