EMPLOI – Google : les salariés bousculent le mythe

Le géant de l’informatique, pourtant auréolé d’une réputation d’entreprise modèle, est loin d’être un Éden pour ses salariés. Entre querelles d’ego et faiblesses managériales, leurs témoignages chamboulent les idées reçues. Florilège.

Fréquemment, Google est attaqué de l’extérieur. Depuis sa création, en 1998, on lui a tout reproché: politiques de confidentialité douteuses, violations de droits d’auteur, censure, etc. Les adversaires de la firme, pourtant, ne sont pas les seuls à exposer leurs doléances. Des employés de «Big G» livrent régulièrement, via le réseau social Quora, des témoignages mordants sur leur quotidien et les arcanes de l’entreprise. Florilège des commentaires les plus cinglants.

• «Arrogance et sexisme»

«Beaucoup de gens qui travaillent chez Google ont le sentiment d’avoir tous les droits parce qu’ils sont issus de l’élite», témoigne une ancienne directrice des ressources humaines. «Bien sûr, ils tiennent ces travers de leurs années d’étude, pas de leur expérience professionnelle», relativise-t-elle. «Le plus dur pour moi, hormis l’arrogance, c’était le sexisme», raconte une ancienne conceptrice. «Combien de fois les garçons sont-ils arrivés pieds nus au bureau, dans l’indifférence générale. Mais dès qu’une fille se risquait à faire la même chose, elle passait pour un alien», poursuit-elle.

• Une sélection drastique… mais des tâches mesquines

«Ce qu’il y a de pire dans cette boîte, c’est le décalage entre l’exigence du recrutement et la simplicité d’un grand nombre de missions», écrit Vlad Patryshev, resté trois ans et demi à Mountain View. «Fraîchement diplômés des meilleures écoles, des dizaines d’ingénieurs partagent leur temps entre support technique pour la pub, suppression de contenus signalés ou rédaction de codes pour changer la couleur des boutons du site», dépeint un salarié anonyme.

Impossible de changer seul la donne

«J’ai travaillé trois ans pour Google. J’ai eu beaucoup de mal à partir, mais un facteur m’a aidé à prendre cette décision: mon impact sur l’entreprise en tant qu’individu était dérisoire (…). À moins d’être un ingénieur extraordinairement talentueux, de créer quelque chose de neuf, vous n’êtes qu’un type qui graisse les rouages de la machine», rapporte un développeur, actuellement chez YouTube. Pour la moindre tâche, il est difficile de passer outre le feu vert des «top managers»: Larry Page, Nikesh Arora, Laszlo Boke et Susan Vojcicki. «Ceux-là décident, les autres surfent sur la vague», relate un salarié après cinq années d’expérience. En clair, Google a fait sa mue: on est bien loin de l’esprit start-up des débuts.

• Des cadres intermédiaires «pas à la hauteur»

Au vu des commentaires, aucun doute ne subsiste quant aux aptitudes techniques des cadres. Mais les internautes se montrent beaucoup plus critiques vis-à-vis de leurs compétences managériales. «Tirer le maximum des gens n’est pas leur fort», écrit l’un. «Ils sont trop focalisés sur les stats», relève l’autre. «Incapables d’ériger leurs connaissances en modèle à suivre», peut-on lire encore.

• La vie en «G»

Ancien commercial, Joe Cannella a travaillé neuf ans pour l’entreprise avant d’annoncer son départ en janvier dernier. «Très rapidement, vous passez la plus grande partie de votre vie à manger Google avec vos collègues Google, à vous habiller Google, à utiliser des téléphones Google, à envoyer des mails Google sur des boîtes Google, et vous perdez de vue tout ce qui, de près ou de loin, n’approche pas Big G», écrit-il dans son post.

• Un campus pas si sympa

À la mention du Googleplex, on pense high-tech, grands réfectoires, salles de jeux, complexe sportifs et espaces verts. Pourtant, les conditions de travail au siège sont loin de faire l’unanimité. «Il y règne une atmosphère étouffante. De 3 à 5 personnes occupent parfois de tout petits bureaux. Les employés peuvent posséder jusqu’à trois écrans, je me demande bien pourquoi?», s’interroge Dimitar Bojantchev, de passage sur le campus pour une mission de quelques jours en 2011. Pour Anne K. Halsall, product designer, «il n’est pas rare de voir jusqu’à quatre managers dans un même bureau. Par ailleurs, avec tous les espaces de détente disponibles, trouver un endroit calme relève de la gageure… lorsqu’on souhaite travailler». Google, une multinationale normale?

SOURCE: http://www.lefigaro.fr

6 novembre 2013

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