Bardo, le "plus grand bidonville d’Afrique", voudrait sortir de l’oubli

Bardo, le "plus grand bidonville d’Afrique", voudrait sortir de l’oubli

SAN PEDRO (AFP) — Sans adduction d’eau, ni électricité, les habitants de Bardo, un des plus grands bidonvilles d’Afrique, situé au coeur de la ville portuaire de San Pedro (Côte d’Ivoire), attendent sans trop y croire un programme de lotissements pour sortir de "l’oubli".
"Nous sommes dans un autre monde", lance Lassina Diawara, 24 ans, assis au pied de sa maison construite en bois et tôles ondulées rouillées, comme la quasi totalité des habitations de ce bidonville qu’il décrit comme un "ghetto".
Bâties pêle-mêle sur un terrain accidenté de plus de 2.000 hectares, les maisons sont traversées par des kilomètres de fils électriques rougis par la poussière ocre et dont les enchevêtrements font craindre des incendies ou des accidents.
Créé, il y a 30 ans par des travailleurs des exploitations forestières, Bardo signifie "appelez-les" en langue kroumen, l’ethnie locale. Il abrite aujourd’hui un demi-million de personnes vivant le plus souvent de petits métiers, soit les 4/5 de la population de San Pedro.
C’est le "plus grand bidonville d’Afrique", affirme Jacques N’Guessan Obouo, le préfet de San Pedro.
"Ce qui impressionne, ce sont ces maisons contiguës, à peine de la taille d’une cuisine et qui abritent une famille d’une dizaine de personnes", souligne le haut fonctionnaire.
Bardo est constitué de quartiers aux noms souvent imagés comme "Colombie", le refuge des dealers et des amateurs de drogue, ou "Zimbabwe", lieu d’affrontement quotidien des bandes rivales. Au milieu des habitations, on y trouve côte à côte aussi bien des bars populaires que des églises et des mosquées, de même que des marchés et des terrains de football.
La pauvreté, l’insécurité, la drogue et la prostitution règnent en maître dans ce bidonville où n’existe qu’un seul commissariat de police.
"Ici, c’est la loi du plus fort", raconte Fatou Koné dont le domicile a été récemment cambriolé par "Slip noir", surnom donné à un malfaiteur qui opère en sous-vêtement noir pour mieux attaquer les domiciles et violer des femmes.
"S’il est attrapé, la justice s’appliquera à lui: il sera soit pendu, soit brûlé ou même +purgé+ à l’acide", comme d’autres l’ont été par le passé, explique-t-elle.
Malgré la violence, toutes les communautés, tant étrangères que nationales, cohabitent en paix à Bardo, parfois cité comme un modèle d’intégration en Côte d’Ivoire, une terre d’immigration (26% d’étrangers recensés en 1998) confrontée depuis les années 1990 à une crise identitaire qui s’est transformée en crise politique.
"Ici, vous avez toutes les joies africaines: les gens qui s’amusent, boivent et dansent, sans se soucier d’appartenir à une classe (sociale) inférieure ou à une communauté donnée", souligne le préfet Obouo, un sociologue de formation.
Le bidonville s’est même doté d’une école de quatre classes baptisée "Institut Mandela", construite en bois et au-dessus de laquelle flotte le drapeau national.
"Nous formons des enfants qui, dans l’avenir, pourraient amener les autorités administratives à s’intéresser à l’aménagement de leur espace et à leur sort", espère Thierry Gahé, le directeur d’école.
Récemment, les autorités municipales ont annoncé la réalisation d’un vaste projet de lotissements, avec un bitumage des routes et l’électrification des rues.
"Un intérêt subit à l’approche des élections", commente sans illusion Auquain Oulaï, un étudiant.
"Deuxième pôle économique de la Côte d’Ivoire, San Pedro est une ville d’avenir, et il n’est pas bon de voir un tel quartier", relève de son côté le préfet Obouo qui espère que, d’ici 10 à 15 ans, on ne puisse plus différencier Bardo des quartiers modernes de la zone portuaire.
15/12/2007

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