Burkina-Faso – Etudier au Ghana : un vrai parcours du combattant

Burkina-Faso – Etudier au Ghana : un vrai parcours du combattant
L’Observateur – [29/06/04]

A la faveur de l’invalidation de l’année universitaire 1999-2000, beaucoup d’étudiants burkinabè se sont retrouvés sur la terre du Dr Kwamé-N’krumah pour étudier et espérer avoir un lendemain meilleur. Un petit tour à l’institut de langues, Ghana Institut of Language, à Accra, nous a permis de rencontrer trois jeunes étudiantes burkinabè.
Estelle Somé, Diane Somda et Astrid Yaméogo y sont depuis l’an 2000. Elles sont toutes en 4e année de traduction et interprétariat. A les entendre s’exprimer en anglais, en espagnol et en français, on est admiratif. Mais comment sont-elles arrivées à ce stade ? Un vrai parcours du combattant.

Diane par exemple aime les langues, le voyage et le monde. Après son secondaire, son rêve était de faire la médecine, mais ce rêve sera très vite brisé à cause de son Bac littéraire et de l’instabilité de l’université de Ouagadougou. Elle décide alors de passer le test de l’institut de langues. Admise, elle devrait affronter les dures réalités de la vie. N’ayant pas de bourse, toute la scolarité est supportée par sa famille au Burkina. Le coût de formation de la 1re année : 1950 dollars américains, soit environ 1365 000 F CFA au taux de change de l’époque.

Au Ghana, il a été très difficile pour Diane d’avoir un logement près de son établissement. Elle a donc décidé de loger à TEMA, à plus de 20 kilomètres de son école. Le transport est cher, 15 000 cédis par course, environ 9 375 F CFA.

Pour se nourrir, il faut débourser moins cher heureusement. Finalement, Diane nous confie que par jour elle dépense environ 2 500F CFA pour le transport et la restauration. Un autre problème, c’est le loyer inabordable à Accra.

Le bailleur demande plus de deux (2) ans d’avance, parfois même trois (3) ans, pour des loyers entre 20 000 et 30 000 F CFA. En deuxième année, la scolarité fait 1800 dollars américains, environ 1 260 000 F CFA. La formation est sanctionnée par un diplôme de traduction et d’interprétation.

Les cours débutent à 9h et prennent fin à 16h ou 18h selon l’emploi du temps, avec une heure de pause-déjeuner. « Pour les Ghanéens, cela ne pose aucun problème, ils sont habitués, mais pour nous les Burkinabè qui sommes habitués à faire la sieste à midi, c’est dur », dit Astrid Yaméogo.

« De plus, les mets ghanéens sont très gras et épicés », ajoute Estelle Somé. « Après la pause, c’est difficile de suivre les cours, on est lourd et on dort plus qu’on ne suit ». « Pour finir, on ne mangeait plus à midi. C’est mieux », dit Diane. Beaucoup d’étudiants burkinabè ont dû arrêter les cours dès la première année.

En troisième année, la formation se fait à Londres, en Angleterre, au London English Language Academy (LELA). Là encore, tout est supporté par la famille. La scolarité à Londres tourne autour de sept cent mille francs CFA (700 000 F CFA). Le logement et le transport sont également pris en charge par les étudiants.

Là, le génie créateur se développe : « Les petits boulots qui profitent » ; il faut travailler en dehors des heures de cours pour au moins assurer le loyer. Estelle Somé nous dit qu’elle a été serveuse de bar, baby-sitter, technicienne de surface ; ici, on les appellerait "les balayeuses de Simon".

Il fallait le faire ! Estelle, Diane et Astrid ont beaucoup appris à Londres : d’abord, du point de vue de la formation, et ensuite du point de vue social. La découverte d’un autre continent, d’un autre pays a été une belle expérience pour elles. A la fin de la formation à Londres, c’est le retour en pays ashanti pour terminer le cycle. La quatrième année coûte deux mille cent cinquante (2150) dollars américains. La formation est beaucoup plus axée sur la pratique.

Nos trois jeunes combattantes sont au bout de leurs peines. Elles présenteront leur mémoire en fin juin. Pour souvenir, elles retiennent que le Ghana est un très beau pays avec un climat favorable, des hommes accueillants et généreux. C’est la satisfaction totale pour la famille et pour les étudiantes. Les parents se sont saignés, mais la fin est heureuse.

Pour Estelle Somé, sa plus grande satisfaction est de prendre un texte dans n’importe quel domaine (médecine, littérature, science, etc.) et de le traduire.

Désirent-elles revenir au pays pour travailler ? Au Ghana, compte tenu du fait qu’elles ont un atout majeur, celui de comprendre le français, elles sont sollicitées à tout moment, et cela rapporte ! Apparemment, la tentation est grande et le cœur balance.

Bénédicte Sawadogo

CFPI

Ouaga-Accra-Ouaga

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