Cameroun – Sida : les jeunes fuient le dépistage

Cameroun – Sida : les jeunes fuient le dépistage
Cameroon Tribune – [27/07/05]
Les institutions multiplient les stratégies pour attirer les moins de 25 ans, sans succès.

Sur les murs d’un Centre d’accueil de personnes vivant avec le VIH et des orphelins du Sida, situé sur la nouvelle route Corneillet entre Mvog Ada et Essos à Yaoundé, des messages à l’attention du public ne sauraient passer inaperçus. Le dépistage y est gratuit, et les jeunes en particulier y sont les bienvenus. Du moins, si l’on en croit les enseignes. Pourtant, les dirigeants de l’institution affirment qu’ils n’enregistrent pas un grand nombre de jeunes qui viennent volontairement se faire dépister. Ils n’ont pas de statistiques fiables à ce sujet, et mettent en avant le sceau du secret médical, pour déjouer nos préoccupations. Mais, selon une source bien informée, le ratio de jeunes qui se font dépister pourrait se situer entre 15 et 20%, sur près de 50 personnes que le centre reçoit par mois. La plupart de ceux qui acceptent de passer au crible du test sont des salariés, contraints par leurs employeurs de fournir un bulletin de santé complet, ou des postulants à un recrutement quelconque.

De source proche du Centre médico-social de l’université de Yaoundé I, la tendance y est la même. Ici, les patients, en majorité des étudiants, se soumettent par contrainte. Concours, recrutements ou inscriptions à certaines institutions sont certaines des rares occasions pour lesquelles ils acceptent la douloureuse épreuve de nerfs. A l’hôpital du jour de l’Hôpital central de Yaoundé et au Centre Pasteur par contre, certaines sources nous affirment que des jeunes y viennent parfois de leur propre chef, et pour des raisons diverses. Dans certains cas, c’est une disposition prénuptiale ; dans d’autres — assez peu nombreux — c’est par acquis de conscience, pour avoir le cœur net.

Une préoccupation qui de toute évidence n’enchante pas beaucoup les jeunes. Selon Haris Franck M. est élève en 2e année de Commerce international dans une institution privée de la place. Il a bien sûr déjà entendu parler du VIH/Sida. Depuis deux ans d’ailleurs, il dit avoir fait de l’usage du préservatif son credo. Quant à se faire dépister, il émet quelques réserves. Ses antécédents avant sa prise de conscience sont un frein. Il a peur de découvrir qu’il est infecté. Cela pourrait l’atteindre moralement, argue-t-il. Donatien M., jeune cadre de la Fonction publique, lui, est plus serein. Sa fiancée a récemment passé un test qui s’est avéré négatif, lors de sa grossesse. Et, il pense lui-même être à l’abri de la maladie. Ces attitudes sont autant de cas auxquels la troisième édition de Vacances sans Sida va devoir s’attaquer.

Serges Olivier OKOLE

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