COTE D’IVOIRE – Etudier en Cote d’Ivoire

Zémogo Fofana (ministre de l’Enseignement supérieur) : "Nous sommes prêts à acceuillir tous les nouveaux bacheliers"
Source : http://lepatriote.net/lpx3.asp
INTERVIEW
28 Septembre 2004
D.Al Seni, et Mamadou Doumbes, Coll

Quelqu’un aimait dire comme ça qu’à l’Université d’Abidjan, le soleil ne se couche jamais. Est-ce qu’il y a eu fin d’année, pour qu’on puisse parler de rentrée universitaire 2005?

Celui qui a fait cette réflexion a eu raison en son temps. Parce que pendant de nombreuses années, malheureusement, l’Université de Côte d’Ivoire, toutes les universités ont connu à des degrés divers, ce qu’on a appelé, des années académiques tronquées, les années académiques qui se chevauchent. Si bien que, pendant de longues années, malheureusement, notre système n’a pas su dire à quel moment commence l’année universitaire et à quel moment elle se termine. Mais je suis heureux de pouvoir vous dire, aujourd’hui, que ceci est une période révolue. On a terminé avec les années académiques tronquées. On a aussi terminé avec les années universitaires qui se chevauchent. Donc, depuis cette rentrée, qui va démarrer en octobre, toutes nos Universités, toutes nos grandes Ecoles au niveau de l’Enseignement supérieur rentrerons normalement. Les années universitaires précédentes sont bouclées, les examens se sont bien déroulés et toutes les UFR sont prêtes pour la rentrée. C’est à l’Université d’Abobo-Adjamé qu’il y aura, quelques décalages, mais cela est dû à des raisons académiques. Même à l’Université de Bouaké qui est délocalisée, la rentrée se fera normalement.

Quelle est la situation réelle à l’Université Abobo-Adjamé ?

Ce qui se passe, c’est que dans cette université, compte tenu des effectifs et aussi du fait qu’ils ont accumulé un certain nombre d’heures de retard, les enseignants avaient souhaité, pour la période des vacances universitaires, une prime spéciale pour rattraper tous les retards. De sorte qu’en novembre, ils puissent rentrer normalement. Et donc c’est une question de financement. Il faut choisir. Ou bien on a l’argent nécessaire pour payer les enseignants qui sont d’accord de se priver de vacances, ou bien il y a ce décalage qu’on continue de vivre et qui, à mon sens, n’est pas trop dramatique en vérité.

En tant que ministre de tutelle, quelle solution envisagez-vous pour cette question spécifique ?

En fait, la solution est réglée à l’intérieur de l’Université, parce que les universités, de par leurs textes fondateurs, sont autonomes. Et chaque Université devra prendre ses responsabilités, au niveau de la Présidence de l’Université, au niveau des Directions, des UFR, pour que, au plan académique, les choses se règlent au niveau de l’Université. Il y a quelques problèmes soit de financement, soit d’ordre administratif qui remontent au niveau du cabinet et que nous gérons normalement. Mais pour l’essentiel, les décisions se prennent au niveau de l’Université. Nous avons été saisis par le Président de l’Université Abobo-Adjamé sur cette question. Nous lui avons donné notre position et lui avons demandé de revoir avec son staff, le corps professoral pour que les décisions académiques soient prises en la matière. Nous accompagnerons ces décisions sans problème.

La rentrée 2005, vous l’avez dit, c’est pour bientôt. Et les universités sont engorgées. Il y a environ trente-cinq mille (35.000) nouveaux bacheliers qui frappent aux portes. Peut-on s’attendre à ce que tous les Bacheliers trouvent une affectation pour cette rentrée ?

Sur 35.000 nouveaux bacheliers, il y a vingt-neuf mille (29.000) qui sont de la cuvée de juin 2004 et il y a cinq mille qui sont attendus de la session spéciale du Baccalauréat pour les zones Nord, Centre et Ouest. C’est-à-dire ce qu’on appelle communément les zones ex-assiégées. Et donc il y aura une session du Baccalauréat pour les élèves de ces zones, en novembre. Et compte tenu du nombre de candidat et de l’expérience, les résultats attendus seront de l’ordre de 5000 nouveaux Bacheliers dans cette zone-là, d’après les estimations du ministère de l’Education nationale, ce qui fait les 34.000 ou 35.000 bacheliers. Donc, il y a 29.000 qui sont déjà disponibles. L’Etat se fait fort de trouver une affectation, une orientation à l’ensemble des bacheliers. Ce principe sera maintenu.

L’accès aux grandes Ecoles se fait par voie de concours, chaque école organisant son concours d’entrée. Donc au regard de toutes les possibilités offertes par ces différentes institutions, c’est-à-dire, les Universités publiques et grandes Ecoles publiques, elles absorberont environ six à dix mille (6000 à 10000) étudiants. Pour le reste, nous avons saisi le Premier ministre et le Président de la République pour poser le problème d’une orientation possible donc de la prise en charge possible au niveau de l’Enseignement supérieur privé. Et pour l’heure, nous avons eu l’accord du Président de la République, du Premier ministre pour que les préinscriptions commencent au niveau des universités, mais aussi que les élèves choisissent leur filière. Puisque, nous ne faisons pas des orientations d’autorité. Ce sont des choix qui sont faits par les élèves eux-mêmes. Nous avons des conseillers d’orientation qui les aident à opérer ces choix. Nonobstant, le nombre relativement élevé des nouveaux bacheliers, ce sera possible donc à chacun de trouver sa voie soit dans le public, soit dans le privé. Nous sommes prêts à les accueillir, au niveau de l’Enseignement supérieur.

Quand on regarde un peu la répartition que vous venez de faire tout à l’heure, il y a moins du tiers des bacheliers qui pourrait espérer avoir une place dans le public. On regarde, par exemple, selon nos chiffres, l’Université de Cocody, la plus grande, ne pourra accueillir que 4.000 étudiants. Est-ce à dire aujourd’hui que l’Etat n’a plus de politique par rapport à l’enseignement supérieur public ?

Si, l’Etat a une politique. Il ne faut pas oublier que nous sommes en période de crise. Je ne pense pas personnellement qu’il faille initier de trop grands bouleversements à travers des reformes nouvelles qui sont certainement attendues. Nous avons préparé des dossiers, des propositions, des réformes pour que l’Etat prenne ses responsabilités et réoriente son enseignement supérieur. Mais, en attendant, nous continuerons d’appliquer les dispositions anciennes. D’ailleurs, je vous rappelle qu’il y a eu des réformes importantes au plan académique en Côte d’Ivoire. Il y a eu également des réformes importantes au plan structurel, au plan des infrastructures. Il y a un programme de décentralisation des universités qui a été lancé, le PDU, il y a, au plan académique, toutes les réformes introduisant les unités de valeur et autres qui datent de 1995-1996. Donc dix ans après et c’est logique, on devrait faire un bilan et puis réorienter. C’est-à-dire que même s’il n’y avait pas eu la guerre, il était bon que dix ans après, on fasse un bilan. Ce bilan est en cours. Les enseignants, les divers partenaires de l’Enseignement supérieur, les étudiants, à travers leurs diverses organisations, les gestionnaires des universités et grandes Ecoles, l’administration, donc les Directions centrales du ministère concerné ont déjà planché. Les résultats sont prêts, pour éventuellement sortir ce bilan qui sera présenté au gouvernement assorti de réformes pour l’avenir.

Il y a des engorgements, il y a des blocages. Quatre mille nouveaux Bacheliers seulement admis à l’Université de Cocody qui est la plus grande sur trente-cinq mille c’est très peu. Mais je l’ai dit tantôt, c’était le prix à payer pour renouer avec les années académiques normales. Sinon, on pourrait recruter dix mille ou quinze mille et se retrouver à faire des enseignements parallèles et puis retomber sur des années académiques qui se chevauchent à l’infini. On a décidé d’en finir. La conséquence, c’est que l’Université de Cocody, par exemple, et ses treize UFR ne pourront pas prendre plus de 4000 étudiants.

Donc, on le voit bien, le privé demeure un partenaire privilégié dans l’Enseignement supérieur en Côte d’Ivoire. Mais ce partenariat traîne un certain nombre de boulets, notamment les arriérés. Quelle est la situation aujourd’hui ?

Oui le partenariat entre l’Etat et le privé en ce qui concerne l’Enseignement supérieur est un vieux partenariat. Le développement de l’Enseignement supérieur privé s’est fait jour. C’est une volonté politique qui a été admise et qui a été accompagnée et soutenue par tous les gouvernements qui se sont succédés jusqu’à présent. Maintenant, nous gérons ce partenariat et nous pensons que le secteur privé a sa place dans l’Enseignement supérieur comme dans les autres domaines d’activité en Côte d’Ivoire. Et par rapport à cette rentrée scolaire 2004-2005, l’Enseignement supérieur privé jouera également sa partition.

Peut-on s’attendre au paiement des arriérés scolaires ?

Vous dites, ça traîne un boulet de trois milliards huit millions, il faut savoir de quoi on parle. En ce qui concerne l’Enseignement supérieur, il y a des préoccupations pour le paiement des sommes qui sont dues au secteur privé. Je ne suis pas sûr qu’au plan comptable il faille parler d’arriérés. D’abord, au plan budgétaire, je peux vous rassurer que tout ce qui est dû au titre des prestations de l’Enseignement technique supérieur privé, en ce qui concerne mon département, les dispositions ont été prises pour que les sommes soient inscrites au budget. Et quand ça n’a pas été le cas, nous avons requis les décisions nécessaires au niveau du Conseil des ministres, au niveau du Président de la République pour que les rallonges budgétaires nécessaires soient prévues. Cela a été fait pour 2002, 2003 et là nous sommes en 2004 et les choses n’ont pas changé. Maintenant, lorsque ces sommes inscrites au budget sont ordonnancées pour paiement, en fonction des prestations effectivement réalisées par le secteur privé en termes de prise en charge, frais scolarité,bien entendu, les documents nécessaires au règlement vont au Trésor pour être liquidés. Et c’est vrai, ça aussi c’est un problème que nous vivons au niveau du Trésor depuis un certain temps. Il y a quelques problèmes. La trésorerie de l’Etat n’étant pas suffisante, il y a donc quelques retards de paiement de certains mandats.

Bon, est-ce que cela constitue des arriérés de salaire, on peut dire oui, on peut dire non, ça dépend. Mais, pour les prestations de l’année universitaire 2003-2004 qui prend fin le 30 septembre, il y a encore des sommes relativement conséquentes qui n’ont toujours pas été payées aux fondateurs. Et cela est un problème.

Y a-t-il eu une négociation avec le privé, pour que cela n’entrave pas l’année prochaine?

Bien sûr, il y a des négociations, des discussions. Lorsqu’un client vous doit, ou vous avez des factures impayées, quelqu’en soit les raisons et quelles que soient les négociations, qu’on mène, si les sommes ne sont pas payées, vous avez un problème de gestion. Parce que vous avez des dépenses courantes. Vous devez payer vos loyers, l’eau, l’électricité et surtout vous devez payer votre personnel. Et ce qui concerne l’Enseignement supérieur privé, les salaires des enseignants constituent je crois l’essentiel de leurs dépenses courantes. Et si ces salaires ne sont pas payés, quelle que soit la négociation que vous menez, les fondateurs ont un problème. Donc ça ouvre la voie aux grèves et à des choses qui ont une incidence négative au plan social.

Nous négocions avec le secteur privé, on essaie de les apaiser et nous négocions également avec les responsables du privé, avec les responsables du ministère de l’Economie et des Finances. J’ai dû monter au créneau pour rencontrer le ministre d’Etat, ministre des Finances au moins deux ou trois fois dans l’année et ce n’est pas rien. Il s’en est suivi des soulagements au niveau des règlements.

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