ETUDES DE MEDECINE

Mercredi 2 juin 2004
Etudes de médecine: le "tronc commun" inquiète les écoles para-médicales

Le projet de réforme des études de médecine, prévoyant la création d’une première année commune à 14 professions de santé, suscite des critiques sur la "prime aux bacs S" qu’elle induit, et l’inquiétude des écoles para-médicales qui craignent d’être conduites à fermer.

Jacques Lachant, président de la Coordination nationale des instituts de préparation aux concours de santé, qui accueillent 300.000 étudiants dans des filières aussi diverses qu’ergothérapeute ou pédicure-podologue, a fait part de ses inquiétudes dans un entretien à l’AFP.

Alors que le gouvernement vient d’annoncer un relèvement à 7.000 du numerus clausus fixant le nombre d’étudiants admis en deuxième année de médecine, M. Lachant estime que l’instauration d’un "tronc commun" d’études en première année risque de "flinguer toute une profession", celle des écoles para-médicales, et d’induire des "effets pervers" sur le recrutement des jeunes.

"Il se pose plusieurs types de problèmes : la sélection par médecine va rendre impossible l’accès à ces professions à des jeunes qui ne seraient pas titulaires du bac S, les facultés n’auront pas la capacité d’accueil suffisante et nos établissements de formation risquent purement et simplement de fermer", dit M. Lachant, qui dit avoir envoyé un dossier sur le sujet au ministère de l’Education nationale, resté sans réponse à ce jour.

Le "tronc commun" d’études a été préconisé dans un rapport remis l’an dernier à l’Education nationale et rédigé par une commission présidée par Domitien Debouzy, président de l’université Lyon 1. Il concerne 14 professions dont kinésithérapeute, orthophoniste, ergothérapeute, laborantin, manipulateur-radio, sage-femme…

ascenseur social

De façon inégale sur le territoire, certaines facs de médecine ont déjà commencé à assurer elles-mêmes la sélection dans certaines spécialités, comme psychomotricité à Bordeaux 2 par exemple.

Si la réforme est appliquée partout, les 80% d’étudiants qui échouent au concours d’entrée en deuxième année de médecine, disposeraient d’une corde supplémentaire à leur arc, avec l’option "profession para-médicale".

"C’est très bien pour eux, mais on risque de plus en plus d’avoir des gens orientés par défaut dans des spécialités comme orthophonie, où l’on avait jusqu’à présent des gens réellement motivés", estime M. Lachant.

M. Lachant souligne aussi le rôle d’ascenseur social, joué par les écoles préparant aux divers concours de santé, que ne joue pas toujours la faculté de médecine.

"Nos établissements servent à former des jeunes, dont la moitié seulement viennent de bacs S, qui n’auraient aucune chance dans le système sélectif universitaire, alors qu’ils sont de bons praticiens", souligne M. Lachant. "Ils ont aidé des jeunes à réussir dans une voie professionnelle, dont beaucoup étaient en situation d’échec scolaire dans un système classique", ajoute-t-il.

"Certaines écoles locales ont déjà mis la clé sous la porte, à cause d’effets d’annonce sur la généralisation du tronc commun. Nous avons fait des propositions pour être associés à l’université sans recevoir de réponse", ajoute M. Lachant, qui est lui-même directeur de l’Institut général de préparation aux études médicales et para-médicales de Paris (IVe, privé).

Ces écoles emploient environ 4.000 personnes au total, ont des statuts très divers, public, privé ou semi-privé comme les établissements locaux de la Croix-Rouge, voire associatif, comme certains instituts de formation en soins infirmiers.

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