Prolonger ses études pendant la crise, la bonne stratégie ?

Prolonger ses études pendant la crise, la bonne stratégie ?

Le marché de l’emploi des jeunes diplômés se contracte et beaucoup craignent d’avoir des difficultés à trouver du travail. Doivent-ils poursuivre leurs études le temps que l’orage passe ?

Les grandes écoles peuvent se frotter les mains : face à un marché de l’emploi moins accueillant, de nombreux jeunes diplômés se tournent vers elles pour mettre toutes les chances de leur côté. L’ESCP Europe annonce ainsi une hausse de 10 % du nombre de candidatures à l’entrée de ses mastères spécialisés (MS) pour 2009, tandis que l’ESSEC affiche + 8 % et HEC, + 5 %. « Mais nous serions plutôt aux alentours de + 15 % si nous n’intégrions pas le MS finance, qui chute de 30 % », note Christine Luckx, responsable des MS à HEC.

L’ESC Rouen bat tous les records, avec une hausse moyenne de 65 % par rapport à 2008. Les IAE (instituts d’administration des entreprises) et les écoles d’ingénieurs recrutent plus tardivement dans l’année, mais la tendance y est aussi à la hausse ; de même qu’à l’entrée des MBA, ces formations généralistes au management qui ciblent pourtant en priorité une population plus âgée et dotée de quelques années d’expérience professionnelle.

La stratégie de la poursuite d’études est un grand classique en temps de crise. Les bac + 5 recherchent une double compétence, une spécialité ou un réseau qui leur ouvrira plus de portes que leur diplôme initial. Pour Christine Luckx, « cette tactique se justifie davantage pour des profils scientifiques que pour des étudiants au background commercial, et concerne aussi des étudiants en quête d’une expertise pointue et d’une connaissance globale de l’entreprise, comme les juristes ». Pour Marc Le Coq, directeur adjoint des Arts et Métiers ParisTech, le choix de prolonger ses études doit être pris comme « une opportunité de se positionner sur des thématiques d’avenir, qui répondent aux nouveaux enjeux industriels ». Ses derniers-nés sont les MS sûreté nucléaire, contrats globaux multiservices et multitechniques ; et construction et habitat durable. « Nous ciblons des niches porteuses, à la demande des entreprises du secteur », explique-t-il.

Les mastères spécialisés en tête

Des liens solides tissés avec les industriels, voilà ce qui fait la force des mastères, où la moitié du cursus est consacrée à un stage long en entreprise. « Pour être accrédité, un MS doit se soumettre à une analyse stratégique du marché et montrer qu’il répond à de réels besoins », explique Luc Pontet, directeur des programmes à l’ESC Bretagne. Actuellement, les formations en logistique et supply chain, achats, gestion de projet, management des risques, entrepreneuriat ou marketing ont le vent en poupe. « La finance et le conseil vont absorber moins de jeunes diplômés, ce qui va produire un effet boomerang sur d’autres secteurs jusqu’ici délaissés, analyse Gérard Guibilato, responsable des formations complémentaires à l’ESSEC. L’agroalimentaire, par exemple, secteur sur lequel nous avons un MS qui a reçu 20 % de candidatures supplémentaires, va redevenir attractif parce qu’il est au coeur des enjeux actuels. Les jeunes ingénieurs vont revenir vers la production. »

Un pari financier

Malgré tout, ces cursus en prise avec le monde économique coûtent cher : entre 10 000 et 15 000 euros en moyenne, parfois plus. Le jeu en vaut-il la chandelle ? Certains recruteurs en doutent : « Dans la plupart des cas, on ne s’y retrouve pas financièrement, tranche Jérôme Eymery, responsable du recrutement France chez Areva. La sélection à l’entrée des MS est très moyenne. Je conseille donc plutôt de regarder du côté des IAE, qui offrent d’excellentes formations complémentaires gratuites. Pour nous qui cherchons à diversifier nos profils, c’est intéressant, car il n’y a pas de sélection par l’argent. »

Tous les DRH ne sont pas aussi sévères. En réalité, l’intérêt de poursuivre ou non ses études après un bac + 5 dépend des études antérieures du candidat et de la fonction visée. « Pour une carrière purement commerciale, un bac + 5 suffit, estime Marie-Carole Lecercle, directrice du recrutement d’AXA France. Au lieu de continuer des études, mieux vaut acquérir une expérience terrain de la vente qui sera très valorisée par la suite. Pour les fonctions support ou d’expertise, en revanche, il peut être préférable de poursuivre, ou alors de partir à l’étranger pour acquérir ouverture et capacité d’adaptation. »

Privilégier l’expérience

L’étranger, voilà certainement l’alternative la plus crédible à la poursuite d’études. « Entre une formation complémentaire en France et le même cursus à l’étranger, je choisirais l’étranger à 200 %, s’enthousiasme Christophe Chenevat, chargé du recrutement et de la mobilité chez Norisko. C’est un vrai plus. Evidemment, tout dépend de la formation initiale : si elle est de second rang, chercher à accrocher une belle marque sur son CV peut être payant. »

Mais toutes les entreprises n’ont pas les mêmes réactions : « Certaines restent classiques et regardent avant tout le diplôme, tandis que d’autres, de culture plus anglo-saxonne, recherchent une personnalité et un potentiel. Pour ces dernières, le nombre d’années d’études et l’étiquette ne sont pas très importants, explique Michel Erard, DRH France-Bénélux de Kraft Foods France. Chez nous, société d’origine américaine, l’expérience à l’étranger prime, ne serait-ce que pour la langue. » Reste à faire les comptes, car les diplômes accessibles à l’étranger après un bac + 5 sont, eux aussi, souvent très chers.

Les cursus financés par les entreprises
Les mastères spécialisés sont des formations onéreuses, mais il existe des moyens de ne pas débourser un sou pour les suivre. Ainsi, sur les douze MS de l’ESSEC, quatre peuvent se faire en apprentissage et un cinquième pourrait ouvrir à la rentrée. « Notre MS marketing sera accessible sous statut d’apprenti dès 2009, ce qui explique une part de la hausse de 30 % des candidatures reçues cette année, estime Gérard Guibilato, responsable des MS. Non seulement les frais de scolarité sont pris en charge par l’entreprise d’accueil, mais il s’agit aussi souvent d’une préembauche. »
D’autres écoles proposent des contrats de professionnalisation : « Nos trois MS se font en temps alterné, quinze jours à l’école, quinze jours en entreprise, explique Luc Pontet, chargé des formations complémentaires à l’ESC Bretagne. Et, dans la plupart des cas, nous trouvons nous-mêmes les entreprises d’accueil pour nos étudiants. »
L’Ecole des mines et les Arts et Métiers ParisTech ont mis en place des partenariats avec des sociétés qui confient des missions à leurs étudiants en échange de la prise en charge des frais de scolarité. « Cela concerne presque tous les élèves dans neuf de nos MS, confie Benoît Legait, directeur des Mines de Paris. L’étudiant ne débourse que 300 euros pour s’inscrire. De plus, tous sont rémunérés de 6 000 à 12 000 euros au titre de leur mission en entreprise. » Deux MS dans l’énergie et l’environnement comprennent même quatre mois de formation en Chine.

Source:
Par Piovezan Sarah, publié le 15/05/2009
http://www.lexpress.fr

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