Togo – Le nouveau business de l’éducation

Togo – Le nouveau business de l’éducation
Togolais – [14/10/03]
En Afrique, les écoles de fortune poussent comme des champignons. Pour leurs promoteurs, la première des priorités n’est pas d’enseigner mais de faire un maximum d’argent en un minimum de temps. A Lomé, ces " écoles privées " se sont développées à un rythme prodigieux. Un phénomène inquiétant qui est pris très au sérieux par le ministère de l’Education.

Installé sur la terrasse de son école, A. D. ouvre et referme sans cesse le tiroir de son bureau et y entasse les billets de banque. En ce mois de rentrée scolaire au Togo, il espère avoir le maximum d’écoliers. Face à lui, des parents, accompagnés de leurs enfants, paient tout ou partie des frais d’inscription (11 000 F Cfa par élève, soit environ 18 €) et d’écolage (45 000 à 85 000 F Cfa, soit 68 à 129 Euros selon le cours). Ils aiment bien A. D., un "monsieur gentil" comme ils disent, à l’éternel sourire accueillant, qui ne rechigne pas à faire passer leurs enfants en classe supérieure même s’ils n’ont pas le niveau. L’homme, la cinquantaine, est à la fois enseignant, directeur d’école, directeur des études et comptable de cet établissement non autorisé par le ministère togolais de l’Education nationale, mais qui fonctionne depuis cinq ans.

Le phénomène n’est pas propre au Togo ; il se retrouve dans d’autres pays africains, comme le Bénin ou la Côte d’Ivoire, où on dénombre plus d’une centaine de ces centres scolaires souvent en feuilles de tôle, créés en ville par des enseignants ou des hommes d’affaires.
Au Cameroun, onze universités, sur les 29 que compte le pays, fonctionnent en toute illégalité. Pour le Béninois Joseph Ahanhanzo-Glèlè, administrateur en éducation, ce boom a commencé avec le libéralisme économique du début des années 1990. La mauvaise gestion dans la fonction publique et les conséquences de l’application des programmes d’ajustement structurel ont affaibli l’Etat et appauvri les populations. "Les pouvoirs publics, n’ayant plus les moyens d’assurer l’éducation pour tous, ont eu recours aux opérateurs privés pour faire face à une demande sociale sans cesse en augmentation", continue-t-il.
D’après les statistiques du ministère béninois de l’Enseignement primaire et secondaire (Meps), la population scolarisable (6-11 ans) est passée, au cours de cette dernière décennie, de 842 000 à 1 222 000, soit une augmentation de 45 %. L’intervention des privés a certes permis de relever le taux de scolarisation au primaire de 38 % en 1990 à 80 % en 2002, mais elle n’a pas pour autant débouché sur une amélioration de la qualité de l’enseignement.

A en croire la même source, le taux d’enseignants qualifiés au primaire a connu, entre 1996 et 2002, une baisse de plus de 30 %, les responsables d’écoles privées, en l’occurrence, préférant se rabattre sur la main-d’œuvre abondante et bon marché des étudiants et diplômés sans emploi. L’Etat a dû intervenir dès 1994 pour réglementer le secteur. "On exige que le site d’implantation de l’école et les infrastructures répondent à des critères précis afin que le travail se fasse dans de bonnes conditions, déclare Amoussou Barthélemy Lègbagah, agent au Meps. De même, avant d’ouvrir un établissement privé et d’y enseigner, le fondateur, les directeur et enseignants doivent disposer chacun d’une autorisation". En théorie, l’obtention de ces pièces est soumise au paiement de frais d’étude de dossier, variant entre 5 000 et 100 000 F Ffa et, depuis trois ans, au versement d’une caution remboursable de 2 millions de francs Cfa (environ 3049 €) par promoteur. "L’Etat utilise éventuellement cette somme pour prendre en charge les frais qui résultent de fréquents contentieux tels que le non-paiement de salaires aux enseignants de ces écoles", explique Joseph Ahanhanzo-Glèlè. Mais certains fondateurs, "souvent avec la complicité de fonctionnaires corrompus", signale un responsable d’association de parents d’élèves, contournent ces mesures selon eux trop onéreuses et complexes. Pratiquant des frais de scolarisation deux fois moins élevés que leurs collègues agréés, ils affichent des numéros d’autorisation fantaisistes. Par peur de se faire démasquer, ils évitent de présenter leurs candidats aux examens officiels quand ils ne le font pas, comme au Cameroun, sous le couvert d’établissements autorisés.

Malgré les campagnes d’information, la publication à la veille de chaque rentrée des listes des écoles agréées et la fermeture de celles illégales après des contrôles administratifs inopinés, les clandestins courent toujours les rues. "Les parents ne savent plus comment éviter les astuces de ces escrocs, se désole Kokou Tsolanlevo Bedy, de l’Union des fondateurs d’écoles privées laïques du Togo. Après avoir payé les frais de scolarisation, ils se retrouvent confrontés en pleine année scolaire à des écoles fermées et des directeurs en fuite".

Source:http://www.republicoftogo.com