ORIENTATION – Redoubler : un mal ou un bien ?

Les derniers conseils de classe approchent et la question du redoublement devient cruciale. Alors que les chefs d’établissement ont instruction de les faire redoubler le moins possible, les élèves français restent encore parmi ceux qui redoublent le plus en Europe. Pour connaître en détail ce que fait chaque pays européen, vous pouvez vous reporter à une étude plus récente menée par la Commission européenne.Mais est-ce forcément une mauvaise chose de redoubler?

Inefficace dans le primaire et au collège

Si le redoublement diminue peu à peu à l’école primaire, il n’en reste pas moins que quelque 18 % des élèves actuels ont redoublé à la fin du CM2. Alors ministre de l’Éducation nationale, Xavier Darcos avait souhaité que ce taux soit ramené à 10 % d’ici 2012. Certes, cette proportion était de 50% en 1960, mais nous restons dans le peloton de tête des pays qui pratiquent le redoublement dans les petites classes.

Ensuite, au collège, on constate que 20% des élèves qui ont redoublé leur sixième sortent du système sans aucune qualification. « Un redoublant progresse durant sa seconde année, toutefois, il progresse moins qu’un élève ayant les mêmes caractéristiques et qui est promu. (…) Loin de s’effondrer, les élèves promus progressent davantage que ceux que l’on a fait redoubler », peut on lire dans le dossier édité en 2005 par le ministère de l’Éducation nationale et intitulé «Le redoublement au cours de la scolarité obligatoire : nouvelles analyses, mêmes constats».

De très nombreuses études prouvent d’ailleurs l’inefficacité du redoublement dans l’enseignement primaire et au collège. Dans la célèbre enquête internationale que mène l’OCDE sur le niveau des élèves, PISA, on constate que les pays qui refusent le redoublement (comme le Royaume‐Uni, le Danemark, la Finlande ou encore l’Irlande) ont de meilleurs résultats que les autres. 

 

Selon que vous serez…

Le redoublement touche de façon très inégalitaire les élèves, et pas seulement en fonction de leur classe sociale. Des chercheurs l’ont bien montré : les appréciations des professeurs sur le niveau d’un élève ne sont pas absolues mais liées au niveau de la classe. Combien de parents ne se sont ils pas entendus dire : « Votre enfant redouble parce que le niveau de l’établissement est très bon ». Donc ailleurs il serait passé dans la classe supérieure…

Dans une évaluation « standardisée » menée par le ministère de l’Éducation nationale, on a ainsi pu constater que si les redoublants font à 81% partie des deux derniers de la classe selon leurs professeurs, cette proportion tombe à 41% avec une évaluation « objective » menée sur un échantillon de 5 000 élèves. Comme le conclut le dossier précité « Concrètement, en terme de niveau d’acquisition, bon nombre d’élèves maintenus aurait dû être promus et inversement. (…) La décision de redoublement semble opérer telle une mécanique aveugle » En résumé, « on est toujours moins bon que quelqu’un et on risque donc toujours de redoubler si on tombe dans la mauvaise classe ».

On a aussi pu corréler l’importance du pourcentage de redoublements avec… le mois de naissance. Fort logiquement, les plus jeunes en classe connaissent en effet plus de difficultés que les plus âgés. Résultat : un élève né en décembre a trois fois plus de chance de redoubler que celui qui est né en janvier !

Redoubler peut néanmoins être utile avant ou pendant le lycée

Alors redouble-t-on pour rien, sinon la perte d’une année, dans le primaire et au collège ? Pire, le redoublant sera « stigmatisé tout le long de sa carrière scolaire » souligne le dossier précité qui ajoute : « Le redoublement est préjudiciable, en termes de motivation, de sentiment de performance, d’orientation, d’ambition ». En fait, on constate que plus les élèves redoublent tôt, plus ils se collent eux‐mêmes sur le dos une étiquette négative qui les suivra tout au long de leur scolarité, sinon de leur vie.

À l’inverse, le même dossier souligne que redoubler a généralement des effets positifs dès qu’on approche des paliers d’orientation : « Les études conduites sur les panels d’élèves montrent que le redoublement en 3ème ou en lycée est, en général, bénéfique puisqu’il permet à l’élève de combler ses lacunes et de suivre l’orientation de son choix ». En tout, selon une autre étude de 2004, 79% des élèves qui redoublent une classe de lycée obtiennent le baccalauréat général ou technologique. Avec de larges différences puisque c’est le cas de 75 % de ceux qui ont redoublé la seconde contre plus de 83% de ceux qui ont redoublé première ou la terminale. On est alors proches du taux de réussite sans redoublement : 86%.

Comme quoi le redoublement peut être utile quand il permet de compenser une brusque perte de niveau, comme c’est souvent le cas de la 3ème à la terminale. Il peut alors éviter une orientation subie (”Fais un bac pro, tu n’as pas le niveau pour aller dans en seconde générale et technologique”, “Mais je veux être infirmière!”) et permettre à l’élève de se reforger un bon moral… pour peu qu’il prenne la pein de vraiment travailler lors de son redoublement !

20 mai 2011

Source: Le Monde

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