Le phénomène Facebook au Cameroun

Facebook est le site internet le plus fréquenté au Cameroun avec au moins 300 000 camerounais vivant au Cameroun y sont inscrits.

Ce chiffre ne prend pas en compte ceux de la diaspora. De plus en plus de personnes s'y inscrivent et on a pu noter une véritable frénésie sur la toile tout au long de la campagne présidentielle, avec des débats, des échanges, des contributions particulièrement animées qui ont fait entrer, pour la première fois dans l'histoire du Cameroun, internet dans le champ politique. On pourra toujours argumenter que l'impact d'internet sur le cours politique aura été périphérique et limité, mais une chose est sûre, ce média a contribué à façonner les diverses formes d'expression et de médiatisation du discours politique. Aucun leader politique, aucun responsable de la communication d'une formation politique ne peuvent plus prendre le risque d'écarter ce médium de leur stratégie de communication.

La question que beaucoup se sont posée ces derniers mois était de savoir si les réseaux sociaux, et notamment facebook, pouvaient contribuer à provoquer au Cameroun une "révolution du jasmin" du type de celle qui a balayé Ben Ali et Moubarak en Tunisie et en Egypte. La réponse évidente pour l'heure est négative, sans doute parce que ni politiquement, si socialement les conditions d'un réel mouvement de contestation populaire ne sont réunies au Cameroun. Ce n'est pas tant le média qui provoque ou fait une révolution que le mouvement parti des tréfonds de la société et organisée par des partis politiques ou des organisations de la société civile bien structurées, légitimes et crédibles.

Mais si un tel mouvement se déclenchait, nul doute que les réseaux sociaux et facebook en tête en seront des relais précieux. Bien sûr, il faut une masse critique porteuse d'une révolte, d'une émeute ou d'une révolution pour conditionner son succès. Mais les messages, les consignes, le ton et le rythme du mouvement, s'il est transmis avec fluidité et par des canaux accessibles et directs ne peuvent que contribuer à maximiser l'impact d'un tel mouvement et multiplier ses chances de succès.

Pour l'heure, c'est hors du champ politique que Facebook est devenu un véritable phénomène social au Cameroun. Chez les jeunes il est désormais un instrument incontournable de lien social. Nouer et entretenir des relations, retrouver des contacts, draguer, se mettre en valeur, destresser en s'oubliant dans des chat interminables, se défouler en écoutant de la musique ou en visionnant des vidéos youtube postées par des amis, faire le reportage de sa propre actualité (à travers photos, vidéos, textes), les camerounais et les camerounaises (apparemment les femmes sont encore plus accros que les hommes) s'éclatent assurémment sur Facebook.

Au point que certains opérateurs de téléphonie mobile offrent désormais des services spécifiques pour accéder à ce réseau à moindre coût. Avec souvent pour cible principale les jeunes. Mtn a ainsi lancé un service Sms Facebook qui offre, même sans avoir un téléphone multimédia (un smart phone) de rester connecté à son profil Facebook. Les facebookers peuvent ainsi recevoir gratuitement des notifications, des mises à jour, des demandes d'amis, etc. Ils peuvent aussi mettre à jour leur profil, écrire sur leur mur ou sur celui de leurs amis pour le prix d'un sms (soit 50F).

Autre atout de ce réseau de plus en plus utilisé par des entreprises camerounaises, la possibilité de faire de la publicité quasi gratuitement. Ainsi, l'opérateur d'internet Yoomee qui vient d'arriver au Cameroun, a choisi ce support de communication, tout comme son concurent déjà bien installé, Ringo qui l'exploite au même titre que l'affichage public. De plus en plus de PME y ont recours. Même les formats payants restent abordables. Ainsi pour passer une petite bannière pour un mois, qui vous permet de toucher objectivement 300 000 personnes, Facebook vous facturera environ 300 euros.

Reste qu'au Cameroun, de plus en plus de jeunes deviennent des addicts et même des victimes de Facebook. Peu de gens en mesurent encore les dangers et prennent la peine de se donner des limites à l'utilisation d'un outil qui expose brutalement leur vie privée et souvent leur intimité. Ainsi une jeune amoureuse publira sur le mur de son soupirant une déclaration d'amour sans se douter qu'elle sera lue par des centaines de ses "amis" facebookers, alors qu'en publiant l'objet de sa flamme dans la rubrique "message" elle est sure de limiter l'accès du texte au seul concerné. Ou encore une étudiante filmée pendant ses ébats avec un vicieux-coquin-copain qui retrouve ses images de nudité et de jambe en l'air livrées à l'appétit de milliers de voyeurs dans divers endroits de la planète internet.

Les dangers de Facebook sont en effet nombreux dans un contexte où personne ne songent encore à mettre en place un cadre légal. Le droit à l'image est l'un des plus exposé sur Facebook. Dans un pays comme l'Allemagne Facebook est sous pression pour se mettre "en conformité avec le droit européen et national" sur la reconnaissance des visages. Qu'une photo puisse être exploitée pour que l'identité d'une personne ainsi reconnue soit communiquée à ses "amis" sans son consentement explicite est considéré comme illégal. Dans ce pays, l'administration de certaines régions estime que le fait pour Facebook de développer une banque de données afin de reconnaître les visages de millions d'utilisateurs est préoccupant. La réalité au Cameroun c'est à la fois l'ignorance et la naïveté des utilisateurs.

Pour LeMondeInformatique.fr "la stratégie de monétisation de Facebook illustre d'une part la volonté d'exploitation des données personnelles à des fins mercantiles de ce type de site, et d'autre part, la grande naïveté des utilisateurs, qui dans la grande majorité des cas confient leur vie privée à des services gratuits – mais à but lucratif – sans lire les conditions d'utilisation". En fait le réseau social n'a pas trouvé l'équilibre, entre respect de la vie privée et monétisation de ces données. Certains utilisateurs, en Europe en tout cas, ont compris la leçon : ils exploitent désormais eux-mêmes leur profil sur le réseau social pour vendre de la publicité.

Michel LOBE EWANE

http://ecofinance.mutations-multimedia.com

05/11/2011

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