COTE D’IVOIRE – Jeunes, diplômés et…gérants de cabines téléphoniques

Face au chômage qui touche de nombreux jeunes Ivoiriens, ceux-ci malgré leurs diplômes se sont découvert une nouvelle activité : celle de gérant de cabine téléphonique !

Le chômage des jeunes diplômés est aujourd’hui le casse-tête du Gouvernement Ivoirien qui explore tous les domaines d’activité pour satisfaire cette frange de la population. En effet sur 6 millions de chômeur que compte la Côte d’Ivoire, 4 millions sont des jeunes. Malgré les efforts réalisés par le gouvernement pour enrayer ce fléau, la situation ne semble pas réellement évoluer. Parmi les jeunes chômeurs Ivoiriens nombreux sont ceux qui sont titulaires du BTS, de la licence ou même de la Maîtrise. Oisiveté étant mère de tous les vices, ils ont décidé de se prendre en charge en se convertissant en gérant de cabine téléphonique. Une activité en plein essor dans le milieu des chômeurs !

Légré Jean Baptiste était employé dans une brasserie. Aujourd’hui au chômage technique il a épousé la fonction de gérant de cabine téléphonique. « J’assurais mes dépenses quotidiennes grâce à un boulot contractuel dans une brasserie de la place. Malgré ma licence en lettre moderne je suis obligé de travailler comme manœuvre pour payer mes factures. Actuellement je suis au ‘’chômage technique’’ et je gère de nouveau une cabine téléphonique. A défaut d’avoir ce que j’aime, je me contente de ce que j’ai…pour le moment ». En attendant des jours meilleurs Guy et Clotilde deux autres diplômés au chômage se sont aussi “transformés” en gérants de cabine téléphonique. Pas du tout facile de vivre au quotidien avec des frustrations de clients qui le plus souvent n’ont pas votre niveau intellectuel ! Il faut s’armer de courage face aux nombreuses difficultés liées à l’exercice de cette activité. « C’est frustrant parce qu’il y a des personnes qui ne savent pas que vous avez des diplômes qu’ils n’ont pas. Ils vous traitent de moins que rien ! Moi je réponds que je n’ai pas choisi d’être chômeur mais je ne mendie pas non plus. Alors un peu de respect ! » affirme fièrement Guy Kouakou. Chez les femmes l’ironie est à son comble : Clotilde Etou témoigne. « Les femmes d’un certain âge qui vivent dans le quartier et qui m’ont vu aller à l’école ne se gênent pas pour se moquer de moi. Pour elles une femme qui n’a pas de travail peut se faire de l’argent simplement en épousant un homme ! Je ne suis pas de cet avis et je préfère transpirer sous le soleil pour gagner dignement chaque pièce ».

A défaut d’avoir ce pourquoi ils ont des diplômes, les jeunes ivoiriens se contentent de ce qu’ils gagnent chaque jour en bordure de route. N’doi Alexandre est aujourd’hui père de famille. Malgré ses diplômes il semble s’être fait une raison. Il dit gagner bien sa vie grâce à ses cabines téléphoniques, une activité du secteur informelle qui nourrit son homme quand on sait s’y prendre. « Je ne suis pas fataliste car j’espère un jour vivre de mes diplômes mais en attendant je préfère bien gérer mes cabines qui nourrissent ma famille. D’une cabine je suis parvenu à installer trois autres jeunes et à financer le commerce de mon épouse ». Même si les jeunes diplômés Ivoiriens arrivent à grappier quelques pièces et billets de banque pour la pitance quotidienne, ils ne manquent pas de rappeler aux politiciens leurs promesses. En effet lors de sa prise de pouvoir le Président Alassane Ouattara avait promis aux jeunes Ivoiriens 1 million d’emploi en 5 ans ! A l’an 3 de l’exercice du pouvoir par l’ancien fonctionnaire du Fond Monétaire Internationale, rares sont les jeunes Ivoiriens qui ont vu la couleur des emplois qui les ont poussé à choisir le désormais ancien candidat du RHDP (Rassemblement des Houphouétistes pour la Démocratie et la Paix).

SUY Kahofi, Abidjan, ExcelAfrica
Juillet 2013

Leave a Reply

Your email address will not be published.