«Frakas», un roman noir sur la guerre du Cameroun

En deux romans, en partie avec les mêmes personnages, Thomas Cantaloube s’est installé au sommet de la hiérarchie des auteurs du roman policier d’enquête et politique. Par certains aspects notamment, le début du roman Frakas n’est pas sans rappeler Jean-Patrick Manchette et L’affaire N’Gustro, l’inventeur dans les années 1970 du nouveau polar très politique.

Après Requiem pour une République avec en toile de fond la guerre d’Algérie et ses conséquences, Frakas nous emmène dans l’univers de la Françafrique des années post-colonisation. Le roman commence par le meurtre par empoisonnement d’un opposant au nouveau pouvoir camerounais. Un nouveau pouvoir qui est théoriquement indépendant en ce début des années 1960 mais en réalité encore complètement inféodé à la France.

Des personnages historiques

On y retrouve donc Luc Blanchard, le héros de Requiem pour une République, qui entre temps, déçu par la police, est devenu journaliste. Il va enquêter sur la mort de cet opposant et mettre les mains dans le cambouis de la Françafrique et ses hommes politiques compromis, ses affairistes, ses barbouzes et ses soldats perdus.

Au milieu de ces personnages de fiction on croise quelques personnages de l’histoire, la vraie, comme Jacques Foccart. “Il a été le monsieur Afrique des gouvernements français quasiment de 1958 jusque sous Chirac, explique Thomas Cantaloube. C’est un personnage très connu, c’est-à-dire qu’on connaît son rôle de monsieur Afrique, l’homme qui tous les jours voyait de Gaulle. Il a aussi une part d’ombre. Il est parti brûler en grande partie ses archives. Il parlait très peu à la presse. C’est un véritable personnage romanesque qui ne demandait finalement qu’à être utilisé dans un roman.”

Une guerre dissimulée

Étonnement, ces événements au Cameroun sont encore aujourd’hui largement ignorés. Ils sont soigneusement cachés sous le tapis selon Thomas Cantaloube : “Je n’ai jamais appris l’histoire de la guerre du Cameroun quand j’étais à l’école ou à l’université. En fait, c’est une vraie guerre qui s’est produite. On a beaucoup parlé, écrit ou filmé la guerre du Vietnam par exemple où les Américains utilisent le napalm, les hélicoptères, les regroupements de population, des exécutions chez des civils. Et en fait, ça s’est produit au Cameroun dans les 1950 et les années 1960 sous la conduite des armées françaises.” L’auteur, lui, défend la nécessité aujourd’hui d’aller chercher ces événements oubliés. SUITE

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